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30.04.2008
Illusionnisme
Une amie que, par prudence, je ne citerai pas a quitté il y a une paire d’années son métier de reporter, jugeant qu’elle contribuait davantage à la désinformation qu’à l’information. Etait-ce que la chaîne qui l’employait diffusait des mensonges ? Désolé! A priori, non ! Beaucoup plus simplement cette chaîne privilégiait l’information susceptible de « faire » de l’audience, ce qui dans certains cas ne recouvre pas exactement l’information que vous jugeriez digne d’être diffusée. Et même - le temps d’antenne étant cher et limité - ce qui peut se faire au détriment de celle-ci.
La confidence de cette amie m’a fait comprendre au moins deux choses. Premièrement, que la qualité de l’information ne se suffit pas de la véracité : tout dépend de ce dont on s’abstient simultanément de parler. Deuxièmement, qu’on peut nous tromper sur l’actualité sans avoir l’intention de nous abuser, sans malhonnêteté en quelque sorte, du seul fait des contraintes économiques inhérentes à un métier ou à une entreprise. De ce fait, le fonctionnement et la survie de la démocratie dépendent en premier lieu – mais pas seulement - de notre capacité à détecter ce dont on ne parle pas, qu’on ne voit pas et qui, très éventuellement bien sûr, pour des raisons diverses, peut nous être volontairement caché. Autant dire qu’elles dépendent de notre propre exigence de lucidité.
Un jeu très simple circule sur l'Internet. On vous présente six cartes à jouer et on vous demande d’en choisir une, de la bien regarder et de prononcer son nom à haute voix – par exemple : « roi de trèfle » - en vous abstenant de clicker dessus. Puis on vous annonce que, lorsque vous aurez appuyé sur la touche entrer de votre ordinateur, le système va la reconnaître et la retirer du jeu. Vous suivez le protocole et, avec un frisson délicieux, vous appuyez sur entrer. Lorsque le jeu réapparaît, «votre» carte, effectivement, n’y est plus. Extraordinaire, n’est-ce pas ? Vous pouvez recommencer en changeant de carte, cela marche à tous les coups.
Vous voulez la solution ? C’est génialement simple. Le système, évidemment, ne peut deviner celle des cartes que vous avez choisie. Alors, chaque fois que vous faites entrer, il les change toutes. Seulement, focalisé que vous êtes sur «la vôtre» - et on a tout fait pour cela: «regardez-la bien», «mémorisez-la», «prononcez son nom à haute voix» - tout ce que vous voyez c’est son absence ! On peut aussi déceler dans ce tour un autre ingrédient, plus subtil : l’envie que vous éprouvez peut-être secrètement de voir quelque chose d’extraordinaire - une envie très humaine mais qui a donné le pouvoir à pas mal d’illusionnistes.
Alors, un conseil : chaque fois qu’on voudra obtenir votre attention et qu’on l’orientera vers un de ces mots qui prétendent résumer le monde – au hasard : la bottom line, la mondialisation, la concurrence, l’Europe ou le PNB, par exemple - méfiez-vous ! On ne sait jamais… Quand le prestidigitateur oriente notre regard d’un côté, c’est ailleurs que cela se passe. Faites l’hypothèse – à titre d’exercice bien sûr - que ce dont nous parlent nos « grands médiatiques » est comme le doigt pointé du prestidigitateur, puis – sans leur retirer de votre intérêt - demandez-vous dans quelle direction vous allez regarder.
07:22 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
25.04.2008
La Stévia*
Quand on connaît un peu le monde du contrôle et de l'inspection, on sait que, jamais, on ne peut tout contrôler. Si choisir c'est renoncer, contrôler c'est choisir. Chaque "campagne" voit ainsi de nouveaux compromis entre les fondamentaux du contrôle et tel ou tel épiphénomène qui, pour une période plus ou moins longue et des motifs variés, sera mis sous surveillance.
C'est ainsi que la Stévia se trouve aujourd'hui sous la loupe des services de la Concurrence et des Prix. Il ne s'agit pourtant que d'un édulcorant naturel utilisé depuis des siècles dans son milieu d'origine et depuis quelques dizaines d'années dans de nombreux pays occidentaux. Mais la Stévia est un redoutable concurrent pour les édulcorants de synthèse, d'autant que certaines inquiétudes se sont exprimées quant aux possibles effets cancérigènes de ces derniers et que les consommateurs tendent à s'en méfier. Je ne prétends pas, bien sûr, qu'il y ait un lien de cause à effet.
On avait eu déjà l'affaire du purin d'ortie**, une pratique séculaire désormais interdite de transmission afin de protéger les industriels de l'engrais, et on avait eu aussi la condamnation de Kokopelli*** - une association qui s'efforce de sauver les variétés culturales menacées de disparition - pour cause de concurrence déloyale à l'encontre des grands semenciers.
Le temps n'est pas loin où l'on va interdire à la Nature de concurrencer l'industrie. Dans la foulée, on devra aussi interdire aux bénévoles de créer des richesses gratuites et aux couples de faire leurs enfants eux-mêmes.
* http://fr.biz.yahoo.com/11042008/227/une-plante-edulcorante-objet-de-pressions-et-de-convoitises.html
** http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=2354
*** http://penserpaysage.blogspot.com/2008/01/kokopelli-condamn.html
07:00 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : écologie, économie, démocratie
24.04.2008
De la pluralité des mondes possibles
Pourquoi n'y aurait-il qu'une manière de vivre ? Manfred Max-Neef a montré que c'est la façon de répondre aux besoins fondamentaux qui dessine les civilisations. Jusqu'au XXème siècle, ces réponses étaient considérablement diverses. Puis la solution occidentale, essentiellement fondée sur les relations marchandes, est devenue une référence avant de se poser, finalement, comme norme. Au point qu'elle est en passe, aujourd'hui, de tout uniformiser. "Parce qu'elle est la meilleure!" allez-vous me dire. L'est-elle vraiment ? Et est-elle viable à long terme ? A cette dernière question, à moins d'être aveugles ou de mauvaise foi, nous avons déjà la réponse. Elle n'était viable qu'à condition de rester le privilège d'une fraction de l'humanité - et, d'ailleurs, si elle se perpétue, ce sera à ce prix-là: celui d'une inégalité voulue et protégée.
Mais revenons à la première question: est-elle la meilleure ? On peut en douter. Il faudrait examiner de près quels humains elle engendre. Si, déjà, pour durer, elle exige que l'on soit capable d'accepter une inégalité radicale et définitive entre les peuples et les personnes, permettez-moi d'en douter. Si son fonctionnement suppose en outre pour carburants des aspirations égoïstes, des comportements prédateurs, dispendieux et irresponsables, je ne vous demande plus la permission de douter, parce que je ne doute plus: il y a sûrement de meilleurs repères en termes d'anthropogenèse!
Cependant, le plus grave, selon moi, n'est pas là. Le plus grave n'est même pas que notre mode de vie périlleux soit jugé souhaitable par la grande majorité des humains. Avoir souffert de cruelles et longues pénuries - avec, en outre, la vision de voisins qui s'empifrent et gaspillent - ne peut que tourner un légitime appétit en avidité insatiable. Je me souviens d'un vieil homme qui, dans sa jeunesse, avait passé plus d'une semaine sans viande: des années plus tard, les Trente glorieuses aidant et nonobstant les objurgations de son médecin, il aurait considéré scandaleux de ne pas avoir de la viande deux fois par jour dans son assiette.
Le plus grave, fondamentalement, c'est la disparition progressive de la diversité des modes de vie. De même que la biodiversité végétale et animale, dans un univers complexe, constitue un facteur d'équilibre dynamique, la coexistence de différentes façons de s'adapter et d'être au monde est une richesse, une source d'inspiration dont nous avons besoin. Peter Schwack expliquait que le simple fait, pour la Shell, d'avoir pu se représenter une crise du pétrole - même si ç'avait été avec scepticisme - dès la fin des années 60, avait ménagé à la compagnie une réactivité supérieure à celle de ses concurrentes. Dans le même esprit, la diversité des modes de vie est un vivier: celui des scénarios de demain tant pour les individus et les familles qui sont à la recherche d'un bonheur différent que pour les sociétés qui se découvriront un jour en quête de sens et de pérennité.
Manfred Max-Neef proposait de réfléchir sur les quatre modalités qui structurent, selon lui, la façon de répondre à nos besoins: l'avoir, le faire, l'être, l'interagir. Quatre variables en interaction, quatre axes sur lesquels, en déplaçant les curseurs, nous pouvons esquisser une nouvelle pluralité des mondes possibles. Encore faut-il que nous cessions de nous représenter l'aventure humaine comme une droite uniquement ordonnée à la croissance des biens matériels. De plus en plus, me semble-t-il, l'Histoire est une exploratrice et le but du chemin est de construire notre humanité.
07:00 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : économie, société, anthropologie, développement personnel
22.04.2008
Impossibles
Ce qui définit le plus sûrement un monde, c'est ce que les citoyens de ce monde considèrent comme possible ou impossible*.
Quelqu'effort que nous fassions pour penser "hors de la boîte", quelque rébellion que nous exprimions par rapport à l'existant, sur l'essentiel nous restons à notre insu sous influence. Cela explique que, tout en visant le changement, nous obtenions toujours plus du même résultat. Les véritables ruptures résultent toujours d'une inversion des pôles.
Tentons un exercice.
Etes-vous capable d'imaginer que l'on puisse vivre différemment de l'Occidental moyen d'aujourd'hui sans que ce soit un retour en arrière ?
Etes-vous capable d'imaginer qu'il y ait des milliers de monnaies dans le monde et que les choses n'en aillent que mieux ?
Etes-vous capable d'imaginer que l'entreprise - en tant que forme d'organisation - puisse disparaître et que ce ne soit pas une faillite pour l'humanité ?
Merci à ceux qui y arriveront de nous faire partager leurs visions!
* Cf. Andreu Solé, professeur à HEC, auteur de Créateurs de mondes.
14:45 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : économie, société, anthropologie, développement personnel
21.04.2008
Aide alimentaire
Pincez-moi, je rêve ! Voilà qu'on s'étonne du "bug alimentaire"! Voilà que, devant les «émeutes de la faim», on en appelle à la générosité des nations les plus riches ! On demande à l’affameur de bien vouloir soustraire quelques miettes à son banquet !
Car c’est nous – vous, moi - qui sommes les affameurs. Alfred Sauvy nous en avait avertis il y a déjà une quarantaine d’années: il faut globalement quatre fois plus de terres, d’énergie et d’eau pour produire des protéines animales – de la viande pour nos assiettes – que pour produire les végétaux comestibles équivalents. Aujourd’hui, de la viande, nous en consommons bien davantage que nous n’en avons besoin. Sans parler du gaspillage qui se retrouve dans nos poubelles. Mais cette gabegie alimentaire n’est qu’une des trois manières dont nous autres, Occidentaux – déjà imités par les Chinois et les Indiens - affamons la planète.
Notre deuxième façon d'affamer le monde est notre besoin en énergie. Nous avons détruit les économies de proximité. Le moindre de nos repas représente près de 1500 kilomètres d'air et de route. Qu'il s'agisse du travail ou des loisirs, nous avons une bougeotte compulsive: la "mobilité" a remplacé dans notre vénération la Déesse Raison de Robespierre. En prime, nous sommes devenus douillets. Il faut nous chauffer l'hiver et nous refroidir l'été en compensant les effets des édifices inadaptés que notre inconséquence a multipliés. Notre consommation énergétique est ainsi devenue le tonneau des Danaïdes. Alors, le pétrole bon marché, évidemment, se raréfie. Et voilà l'idée géniale des carburants verts, qui vous a en plus un bon petit parfum écolo... Sauf à constater qu'en ce qui concerne les terres cultivables, les biocarburants entrent en compétition avec la production alimentaire.
Enfin - et j’aurais dû commencer par là - pour être moins militaire notre colonialisme n’a pas cessé d’exercer ses ravages. Aux missionnaires et aux armes, il a substitué les corporate citizens et l’idéologie du progrès ; à la religion et au catéchisme de l’envahisseur, il a substitué les règles d’airain du commerce international. C’est ainsi qu’en chassant les cultures vivrières au profit des cultures d’exportation, nous avons créé les conditions de la famine dans maintes régions du monde. Même la Banque mondiale a dû enfin descendre du socle de ses certitudes et reconnaître l’erreur.
Je ne retiens qu’une chose: tout être humain a le droit de se nourrir et de nourrir les siens, et cela sans devoir recourir à la charité des autres. Une règle du jeu qui rend cela impossible est inique, de même que les avantages qu'elle nous permet d'en tirer.
07:00 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : famines, économie, écologie, santé, justice
18.04.2008
Interview d'un pionnier
Rémy, tu as une situation que beaucoup jugeraient enviable: cadre dans une des entreprises françaises parmi les plus renommées. Tu as cependant décidé de changer de vie. Quel est le cheminement qui t'a conduit à faire ce choix?
Après de nombreuses années de travail dans l'industrie, intégrant l'opportunité de s'ouvrir à l'extérieur, de faire "du réseau", la relation au travail évolue. Des rencontres stimulent, des interrogations naissent... Je ne peux pas dire que le travail que je fais aujourd'hui ne m'intéresse pas, au contraire. Il manque de quelque chose. Ce que je dis là tient à un tout et revient un peu à répondre à cette question : qu'est-ce qui fait que je m'épanouis dans mon univers ? Le tout dépend bien sûr du travail et de la qualité des relations professionnelles tissées, le sentiment d'évolution personnelle, l'habitat, les relations personnelles, le rapport au monde, la participation à mon échelle aux grands enjeux planétaires... En s'interrogeant sur ces aspects, alors oui, je peux dire qu'il manque quelque chose. Il manque un projet qui structure la vie, un projet de long terme, en rupture avec la vision "court-termiste" du monde dans lequel nous vivons, un projet dans lequel la créativité et la joie seraient partie prenante. Etant d'un naturel optimiste, face à ce constat, il me fallait proposer une initiative mobilisatrice qui puisse répondre à tout ou partie de ces questions. En faisant, ces dernières années, différentes rencontres avec des personnes, des organisations, des projets qui m'ont particulièrement inspiré, naturellement des idées sont apparues. Qu'il s'agisse de Team Academy, de Zeri, de The natural step... et bien sûr de la nature, de nombreuses personnes éclairées ont jalonné un parcours de quête de sens et ont permis d'imaginer le projet "Vous êtes ici". A plusieurs.
Un volet fondamental de ton projet est de créer un "territoire durable": pourquoi ?
Lorsqu'il s'agit d'être en phase avec les enjeux écologiques et sociaux de notre époque et de répondre de façon concrète à ces défis, on mesure le décalage entre les discours, les intentions de certains dirigeants politiques ou d'entreprises et les actes. Si, avec nombre de grands évènements parfois portés au plus haut niveau de représentation ou de décision (le rapport de Nicholas Stern, le film d'Al Gore, les enjeux électoraux, le Grenelle de l'environnement...) la prise de conscience de nos concitoyens en matière écologique et sociale s'est accrue, en revanche, les décisions et actions concrètes peinent à voir le jour. Il est pourtant urgent d'agir. Alors qu'est-ce qui nous en empêche ? Quand ces alertes nous mobilisent, les messages de la vie quotidienne (publicité, médias, conversations...) nous détournent de l'action en faisant à très large échelle la promotion de l'économie, de la finance, de la technologie, de la croissance... La nature est ainsi banalisée et petit à petit oubliée de nos actes quotidiens. C'est donc pour contrebalancer ces discours omniprésents que nous avons souhaité créer un projet visant à créer en équipe un territoire durable de référence à l'horizon 2020. C'est la vision que nous souhaitons partager avec les membres et les partenaires du projet.
Comment imagines-tu cette vie future ?
"Vous êtes ici" est un projet visant à créer un lieu de vie et d'activités économiquement viables, stimulées par le respect réel des enjeux écologiques, proposant des emplois et des relations humaines de qualité et porteurs de sens. Cette vie, je l'imagine joyeuse, dédiée à la conception et à la réalisation en équipe de ce projet. Vouloir entreprendre un tel projet seul ou au sein d'une famille est très honorable. Néanmoins, l'obstacle principal que j'y vois est celui de la motivation. A plusieurs, quand survient une baisse de moral, il y a toujours quelqu'un pour l'enrayer et proposer d'aller de l'avant. L'équipe, le groupe, c'est aussi le lieu de l'échange, de la participation. Mettre en place un tel projet signifie déterminer des règles ensemble : où commencent et où s'arrêtent les limites du groupe au profit de l'individu ? Comment les conflits seront-ils arbitrés ? Comment l'identité du groupe (ce que nous appelons les fondamentaux) évolueront-ils ?...
Quel processus mets-tu en place ?
"Vous êtes ici" consiste à se regrouper pour imaginer et construire ce territoire durable. Aujourd'hui, dans la phase de concertation, ni le lieu d'implantation ni les activités ne sont précisés. Nous avons déjà beaucoup d'idées, c'est évident. Mais nous souhaitons auparavant rassembler d'autres membres dans une équipe élargie pour s'approprier et enrichir le projet
avant de le concrétiser.
Que conseillerais-tu à ceux de nos lecteurs qui auraient envie d'en faire autant ?
Nous sommes au tout début du projet, là où tout semble possible. La réalisation d'un projet tel que celui-ci se fait dans la durée. Ce sont essentiellement la ténacité et l'enthousiasme qui nous guident. Croire en ce que l'on fait est indispensable. Communiquer et séduire le sont tout autant. Il me semble primordial de bien expliquer ce que l'on souhaite faire en toute transparence, de savoir dire ce que l'on attend des autres et d'être constant. Par ailleurs, nous souhaitons que ce territoire puisse séduire ses futurs membres, ses partenaires par ses activités et ses relations. Nous n'envisageons par un retour en arrière comme certains l'imaginent lorsqu'on parle d'écologie ; ni la création d'une communauté soixante-huitarde. Nous allons nous servir des outils et connaissances d'aujourd'hui pour créer un mini modèle de société compatible avec un monde qui a changé. Pour ce faire, développer une vision est une chose. La faire partager à d'autres au point qu'elle s'inscrive dans les fondamentaux du projet, qu'elle participe à l'élaboration de sa culture en est une autre. C'est essentiellement le temps qui voit le succès d'une innovation. Et bien sûr la capacité à gérer le changement. Si au départ, beaucoup de personnes ne voient pas le projet concrètement et n'y croient pas, lorsque celui-ci deviendra réalité, la perception évoluera. Et quand, après quelques années, à force de travail et de ténacité le projet sera reconnu, les sceptiques des premiers jours n'existeront plus.
Nous recherchons des co-créateurs motivés !
Pour participer au projet, donnez votre avis sur le site internet. Si vous voulez rejoindre l'équipe, si vous connaissez des personnes intéressées ou si vous souhaitez accueillir un territoire durable au sein de votre commune, de votre région... contactez-nous.
Pour tout savoir sur les enjeux, les détails du projet ou l'équipe, rendez-vous ici : http://www.vousetesici.com/
07:00 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, développement personnel, écologie, développement durable
16.04.2008
Au pilori
Au pilori Léon Tolstoï – l’auteur de Guerre et Paix – qui prônait la simplification de la vie quotidienne et la frugalité. Que deviendraient nos industries, nos magasins et nos actionnaires si nous étions assez fous pour l’écouter ? Que deviendraient même les marchés qui se créent sur le développement durable si nous simplifiions notre vie au point de polluer beaucoup moins ?
Au pilori Bernard Ollivier – La vie commence à 60 ans – qui soutient que si nous nous servions davantage de nos jambes, beaucoup de maux du corps et de l’âme s’évanouiraient. Mais que deviendraient nos médecins, nos cliniques, nos industries automobiles, pharmaceutiques, diététiques, et que deviendraient les producteurs d’émissions de télé, si nous répondions à son invitation ?
Au pilori Manfred Max-Neef et Patrick Viveret, le premier pour avoir mis en évidence que lorsqu’une mère allaite son enfant elle satisfait simultanément plusieurs de ses besoins, le second pour avoir démontré que cette même femme n’augmente pas le Produit Intérieur Brut et néanmoins joue un rôle important dans l’économie du bonheur. Que deviendraient nos fabricants de lait en poudre, les vaches qui les fournissent, les grossistes et les détaillants, si on les prenait au sérieux tous les deux ?
Au pilori le Mahatma Gandhi qui ne voulait pas faire de l’Inde une économie occidentale et qui, heureusement, n’a pas été suivi. Où achèterions-nous les produits dont les prix soient assez bas pour nous donner l’impression d’élever notre train de vie sans que nous gagnions davantage d’argent ?
Au pilori Paulo Freire qui nous demande ce qui se passerait si nous découvrions tout soudain que notre façon de vivre est le principal obstacle à l’épanouissement de notre humanité ?
07:00 Publié dans Indisciplinés | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : société, développement personnel, santé, économie
13.04.2008
Jeux de société
Vue sous un certain angle, l’histoire des hommes est celle des rapports du fort au faible. Le fort domine, choisit qui mangera, qui sera protégé, honoré - et en échange de quoi. Il arrête les critères et définit les règles du jeu. Le faible – c’est-à-dire, eu égard au jeu choisi, le lent, le malhabile, le doux – est rejeté dans les ténèbres extérieures où il s’efforce de survivre.
Nous ne voulons pas pour nos enfants de ce destin crépusculaire. Certains peuvent révéler une aptitude naturelle à jouer le jeu darwinien : ils apprennent facilement et savent se faire valoir. Ils ont l’intelligence immédiate d’une situation et éventuellement l’énergie du conquérant ou l’instinct du vassal. Mais, parfois, nous voilà à tenter de transformer à grand peine quelque rejeton que nous trouvons trop agneau et pas assez loup. Quelque enfant délicat qui porte en lui un rêve différent et dont la fragilité, la naïveté, la vulnérabilité nous inquiètent. Comment faire pour que, dans ce monde, il ne se fasse pas dévorer, et qu’il ait – si modeste soit-elle – une part de bonheur ?
Je veux insister sur quelque chose : ce sont les règles du jeu qui font les forts et les faibles, les adaptés et les inadaptés. Ce sont les règles du jeu qui valorisent tel profil et disqualifient tel autre. Si les lois biologiques sont «darwiniennes» – et je ne sais pas ce que Darwin penserait du sens que nous donnons à cet adjectif – la société que nous construisons peut s’en donner d’autres. N’est-ce pas d’ailleurs sa finalité que de corriger la cruauté de l’état de nature ? Ce faisant, elle se donne la possibilité de voir éclore en son sein des fleurs qui, pour être fragiles, sont précieuses : l’art, l’amour, la compassion. Livrés à la jungle, Mozart ou Aristote ne représentent qu’un certain poids de substances comestibles.
Notre monde est moins menacé par les pénuries que par le gaspillage. Depuis longtemps, grâce à ses outils industriels et technologiques, il a - plus qu’aucun autre ne les a jamais eus dans l’histoire - les moyens de s’offrir la fraternité. Qu’en fait-il ? Il se raconte que l’histoire est «darwinienne» et que le réalisme est à l’opposé du Sermon sur la montagne. Cherchez à qui cette histoire profite.
17:10 Publié dans Servitude volontaire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : société, économie, humanisme, progrès
09.04.2008
Eloge de la désobéissance
Si l’on compare notre niveau de conscience et de savoir avec les désordres et les souffrances de toute sorte qui, du fait des hommes, affectent les hommes, on est saisi de perplexité. Très majoritairement, que nous soyons Français, Américains, Russes, Chinois ou Indiens, que nous soyons chrétiens, musulmans, juifs, hindouistes, animistes ou agnostiques, l'humanité se compose de braves gens. Alors, comment cet immense gâchis est-il possible?
Vous souvenez-vous de « I comme Icare », avec Yves Montant dans le rôle d’un procureur qui enquête sur l’assassinat du président des Etats-Unis? Une des séquences du film est la reconstitution de l’expérience conçue par Stanley Milgram à l’université de Yale au début des années 60. Cette expérience met en scène trois personnages dans un laboratoire de recherche. L’idée, telle qu’elle est scientifiquement exposée par celui des trois qui porte une blouse blanche, est de mesurer les effets de la punition et de la peur sur l’accélération de l’apprentissage. Le deuxième personnage, un « cobaye » volontaire, est attaché sur un siège de dentiste, devant un écran. Quelques électrodes sont fixées ici et là sur son corps. Des listes de mots sont projetées sur l’écran et le cobaye doit les mémoriser et les restituer. S’il se trompe, le troisième personnage, recruté par petites annonces, doit appuyer sur un bouton et lui envoyer une décharge électrique. Si les erreurs se multiplient, l’intensité de ces décharges ira croissant jusqu’à atteindre 450 volts.
L’expérience commence, le cobaye commet évidemment des erreurs et reçoit les premières décharges électriques. A partir d’un certain voltage, il se met à manifester de plus en plus bruyamment sa douleur, passant progressivement des gémissements aux hurlements et suppliant qu’on mette fin à l’expérience. La personne qui doit appuyer sur le bouton se tourne alors vers le superviseur en blouse blanche. Celui-ci se montre inflexible : l’expérience doit être menée à son terme, il faut aller jusqu'au bout. Il arrive alors que, partagé entre son devoir et la souffrance qu’il inflige, « l’électrocuteur » s’en prenne à sa « victime », l’accusant de se trouver à cause d'elle dans une situation impossible.
Vous l’avez soupçonné, le véritable cobaye n’est pas l’homme en train de se tordre et de gémir sur le fauteuil du supplice : il s’agit seulement d’un acteur et l’équipement électrique est factice. Le véritable cobaye est, à son insu, la personne recrutée pour quatre dollar de l’heure, et l’expérience ne porte pas sur le rapport entre punition et apprentissage mais sur le « taux d’obéissance ». Maintenant, si c’est la première fois que vous entendez parler de cette expérience, restez assis: 62,5% des vrais cobayes – fût-ce à leur corps défendant - sont allés jusqu’à administrer des électrochocs atteignant 450 volts.
Alors, la « vertu d’obéissance », vous en pensez quoi maintenant? Désormais, quand vous ferez par obligation une chose qui vous met mal à l’aise, demandez-vous où est la blouse blanche et quel est le système de croyance qu’elle mobilise en vous. Personnellement, je me suis déjà abandonné à l’emprise des blouses blanches. Je me suis dramatiquement retrouvé du côté de l’institution scolaire contre un de mes enfants. Il fallait, encore et encore, que je le fisse travailler et que je le « visse ». Toujours plus de la même chose. Evidemment, toujours plus du même résultat, pour lui comme pour moi. Car, à chaque rencontre avec ses professeurs, c’était le même film et j’avais tendance à le prendre un peu plus en grippe. Or ce n’était ni un cancre ni un fainéant mais – je l’ai enfin découvert - un surdoué qui souffrait énormément. L’existence de ce blog, à vrai dire, doit beaucoup à cette expérience de vie.
Nous ne sommes souvent qu’un maillon dans une chaine et, de ce fait, il se peut que ce qu’on nous invite à faire nous paraîsse bien peu de chose. A quoi bon se rebeller, à quoi bon même se poser des questions ? Puis, quelle légitimité avons-nous face aux blouses blanches : professeurs, ingénieurs, managers, prix Nobel d’économie ou de médecine, capitaines d’industrie et autres experts de tout poil ? Les lois de l'économie, le progrès de la science, la bottom line: quelle est la légitimité de ce que nous ressentons face à l’univers de la rationalité et de ceux qui la détiennent ?
Eh ! bien, pour conclure, voici deux convictions chèrement acquises. D’abord, ce bien peu de choses dont chacun d’entre nous assure l’exécution peut constituer au bout du compte une chaîne des plus malfaisantes. Cette chaîne, il faut savoir la rompre. Comme pour le SIDA, cet invisible virus, nous devons refuser que certaines choses passent par nous. Quant à notre légitimité, à nous, les ignares, les irrationnels, les irresponsables de service, les «sans blouse blanche», je vous laisse avec cette réflexion d’Albert Camus : « Entre ma mère et la justice, je choisis ma mère ».
Pour en savoir davantage sur l'expérience de Milgram:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram
07:00 Publié dans Servitude volontaire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : développement personnel, société, économie, écologie, politique
07.04.2008
Quelques bonnes questions pour commencer la semaine
Dans Le Monde daté du 3 avril, Philippe Vasseur, ancien ministre de l’agriculture, et président du Forum mondial de l’économie reponsable* s’interrroge.
« Je m’étonne que le développement des nanotechnologies – qui touchent à l’infiniment petit – ne semble guère préoccuper le grand public. Pourtant, des nanoparticules sont déjà présentes dans des centaines de produits à usage courant, y compris alimentaires, alors que des études scientifiques s’inquiètent de leur nocivité pour l’homme et de leur impact sur l’environnement.
« Je me demande aussi pourquoi les effets « génotoxiques » des ondes de radiofréquence, signalés par d’autres scientifiques, ne provoquent aucun mouvement de panique. Au contraire le marché du Wi-Fi et du téléphone mobile (qui pourrait accroître les risques de tumeurs) est particulièrement porteur. »
Et de poser les quatre questions-clés selon moi en ce qui concerne les OGM :
« Les OGM mettent-ils en danger la santé des personnes ? Constituent-ils une menace pour l’environnement et la biodiversité ? Peuvent-ils faire dépendre l’agriculture mondiale de quelques multinationales ? Sont-ils, au-delà d’intérêts particuliers, réellement utiles à l’espèce humaine ? »
Mes points de vue et mes interrogations passent parfois pour excessifs voire - m'a-t-on dit - manichéens. On ne peut faire pareilles critiques à Philippe Vasseur et pas davantage ne peut-on l’accuser d’être insuffisamment informé. Bravo et merci Monsieur le Ministre !
* http://www.worldforum-lille.org/
07:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, écologie, économie, ogm, santé

