27.10.2008

Quoi de neuf docteur ?

Je croyais que porter une fourrure relevait d'un folklore désuet principalement réservé à quelques prostituées de luxe. Il paraît que non. Gillian Anderson, qui jouait le rôle de Scully dans la série X-Files, donne sa voix à une vidéo contre la société Giorgio Armani qui commercialise une nouvelle ligne de fourrures, notamment des vestes pour les enfants et les bébés. Les animaux concernés, des lapins, seraient élevés et abattus dans des conditions particulièrement cruelles. Deux pays d'élevage sont cités: la Chine et la France. J'imagine les bambins, à Eurodisney, vêtus de ces douces dépouilles de souffrance. Avouez-le: il y a quelque chose qui cloche. Cf http://www.gilliananderson.ws/news/index.shtml#newsitemEkkFVyFyyyXxoHVGku

26.10.2008

Vous en dites quoi ?

Voici quelques pincées d'information prises ici et là.

D'abord, en date du 22 octobre, sur le blog de Paul Jorion (qui est de ceux qui avaient annoncé la crise des subprimes) : "Mais les affaires reprennent : on apprend que les banques américaines qui ont chacune reçu 25 milliards de dollars du contribuable (enfin, indirectement) ont l’intention d’en passer une partie en dividendes, une autre partie à racheter leurs concurrentes moins chanceuses et qu’elles utilisent une portion de l’argent qu’elles ont reçu - attachez vos ceintures ! - à faire du lobbying visant à l’annulation des mesures gouvernementales de semi-nationalisation. Est-ce que ce n’était pas plutôt de l’argent qu’on leur avait insufflé pour qu’elles puissent le prêter à faire des choses utiles ?" Cf. http://www.pauljorion.com/blog/

Maintenant, sous la plume de Maria Chiara Rioli (Le Monde diplomatique du 24 octobre): "Depuis des semaines, les homélies sur la « moralisation » de l'économie se multiplient. Et le gouvernement de M. Berlusconi ne veut pas être en reste. Le parlement, qui discutait du décret pour le sauvetage de la compagnie aérienne Alitalia, a découvert un article jusqu'alors passé inaperçu, l'article 7 bis. Celui-ci explique que les délits liés aux krachs financiers d'une entreprise ne sont pas passibles de poursuite, à moins que ceux-ci ne se déclarent en faillite. Il modifie ainsi la loi «Marzano» sur les sauvetages des grandes entreprises et celle concernant le droit de la faillite de 1942. Si une société se contente de proclamer son insolvabilité ou si elle est confiée à des administrateurs judiciaires, les managers ne risquent rien. Ainsi, MM. Calisto Tanzi et Sergio Cragnotti, responsables des krachs Parmalat (2003) et Cirio (2002), auraient échappé aux poursuites si, à l'époque, cet article 7 bis avait été adopté." Cf. http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-10-24-Italie-l-impunite-des-managers

Enfin, pour finir avant que vous criiez grâce, voici une vidéo où Colin Powell annonce une attaque terroriste visant les États-unis le 21 ou le 22 janvier au lendemain de l'investiture du nouveau président. Je me suis souvenu des analyses d'Emmanuel Todd qui disait que le seul moyen aujourd'hui pour les États-unis de conserver le leadership mondial, c'était d'être le gendarme du monde. En regardant la vidéo, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir à l'esprit l'image du pompier pyromane... Cf. http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=10655 . Et je m'étonne aussi qu'une assertion aussi spectaculaire n'ait pas été plus largement reprise dans les media. Il est vrai que, si on aime à se faire peur, on a déjà les conséquences du tsunami financier pour passer l'hiver.

25.10.2008

Coriaces

Ce sont ceux qui font toujours la même chose et qui, obtenant toujours plus du même résultat, au lieu de tenter d'autres chemins, en rajoutent. Quand je regarde l'historique des décisions des états-majors au cours de la guerre de 14-18, je suis dans un état de sidération. Des deux côtés, jour après jour, pour gagner ou ne pas perdre quelques mètres, on envoie à la mort des centaines de milliers de jeunes gens comme si ce n'étaient que grains de sables jetés au vent. Et cela a duré plus de quatre ans! Comment se fait-il qu'aucun des belligérants ne se soit réveillé un matin avec le sentiment d'une absurdité sans bornes et n'ait interpellé le gars d'en face ? Quel délire collectif!

Je raconte souvent l'histoire de ce fabricant de bougie du Sud-Ouest qui, au XIXème siècle, prenait grand soin de satisfaire ses clients, s'appliquant à confectionner des bougies qui éclairent mieux, durent plus longtemps, ne sentent pas mauvais quand on les mouche... Il a été tué par l'invasion de l'éclairage électrique. Trop facile, mon histoire ? Un peu arrangée ? Je vous l'accorde. Alors prenons un exemple plus récent. Un fabricant de bougies de notre changement de siècle ne pourrait-il être Kodak qui, enfermé dans l'argentique, n'a reconnu que trop tard l'avenir du numérique ?

Les coriaces sont de toutes les époques. La Terre ne peut pas être ailleurs qu'au centre de l'univers. Le plus lourd que l'air ne peut pas voter. Le Titanic est insubmersible - d'ailleurs il n'y a pas d'iceberg en cette saison sur l'Atlantique nord. La guerre sera courte. Les femmes ne peuvent pas avoir le droit de vote (c'est vrai que si on veut massacrer les enfants qu'elles ont mis au monde...). Einstein n'est pas un scientifique. La montre mécanique l'emportera toujours sur la montre digitale et la pellicule argentique sur le numérique. Internet n'a aucun avenir (dixit Bill Gates quand même). Une somme de mauvaises créances contractées dans un contexte social et économique précaire fera un bon placement (les subprimes au cas où vous ne les auriez pas reconnues).

Le naufrage du Titanic est une parfaite parabole. On y retrouve tout de ce qui est en train de faire le malheur de la planète: l'aveuglement, l'arrogance, la légèreté. Depuis combien d'années parlons-nous de "crise économique", mot qui nous empêche de voir la vérité du monde que nous avons construit ? Depuis combien d'années comptons-nous sur la reprise de la "croissance" pour échapper à nos problèmes - certains cependant qu'elle ne peut qu'aggraver, beaucoup d'autres qu'elle ne résoudrait pas ? Dans un des pays - le nôtre - qui reste un des plus riches de la planète per capita, quelle est l'obsession du jour ? Le pouvoir d'achat! Et que voyons-nous autour de nous, dans les banlieues et sur les trottoirs de ce même pays: la montée de la misère!

Et que nous proposent les "experts" ?

De construire des paquebots de plus en plus grands. C'est sûr que lorsque, à force de "restructurer le secteur bancaire" en fusionnant les banques, il n'y en aura plus qu'une seule dans le monde - sur le modèle Wall street de préférence - on aura gagné en sécurité. Tous à bord d'un unique Titanic mes amis, c'est la voie du salut!

De centraliser encore davantage. C'est vrai que, moins on est nombreux à s'intéresser à ce qui se passe, mieux on évite les icebergs. Pour être rassuré, il n'est que de voir tous ces états-majors ou conseils d'administration où les décisions sont déjà prises avant qu'on entre dans la salle de réunion - parce que, et vous le savez bien, quand on se représente le monde de la même manière, on ne peut que prendre des décisions du même tonneau.

Que nous proposent-ils encore ? De rajouter couche sur couche de règlementations diverses. C'est ce que nous faisons depuis des décennies et, là, je commence à me demander à qui le crime profite!

En revanche, si vous voulez faire pousser des cris d'orfraie à ces augures, dites des choses comme: small is beautiful, économies de proximité, décroissance, entrepreneurs sociaux, monnaies complémentaires... Faites-le, mais seulement pour le fun. N'essayez surtout pas de les convaincre: s'il y a un projet sans espoir, c'est bien celui-là!

19.10.2008

Voraces

Dans le séisme financier qui nous amène au bord de l'abîme - les acteurs de l'économie réelle sentent déjà la terre qui s'effrite sous leurs pieds - deux types de comportements endossent selon moi une responsabilité essentielle.

D'abord, les plus visibles, ceux que j'appellerai les voraces. Ceux-là n'en ont jamais assez. Leur avidité est sans fin. Il faut dire que dans le storytelling actuel, leur addiction au toujours plus est universellement valorisée. Jadis, les histoires qu'on se racontait parlaient aussi de générosité, de don de soi , d'élégance et de courage physique. Les sociétés anciennes savaient que ces qualités-là étaient également nécessaires. Or, depuis une vingtaine d'années, qu'avons-nous mis en scène - pour ne pas dire "en majesté" - de manière privilégiée ? Le narcissisme, l'accumulation, l'avidité, la frénésie. Ne jetons pas la pierre aux voisins. Le choix que nous faisons de nos dirigeants politiques montre parfois de quel côté nous versons. Et regardons la représentation de la réussite que, consciemment ou non, nous transmettons à nos propres enfants. N'est-elle pas singulièrement orientée ? Oui, j'entends bien: vous avez aussi des "valeurs". Mais prêtez attention à ce dont vous parlez le plus souvent - et rassurez-vous: je me mets dans le lot. Prêtez aussi attention à ce que la publicité de nos entreprises, même quand elle tente de faire de l'humour, nous induit à cultiver. La représentation contemporaine de la réussite, telle qu'elle circule le plus largement, tourne autour d'une poignée d'obsessions : performance, revenu, image de soi, épate, pouvoir, jouissance, prédation..

Le génial Andreu Sole, intervenant dans un de mes séminaires, suggérait que la caractéristique fondamentale du monde que nous avons construit est peut-être l'impossibilité de fonctionner sans la culture du manque. L'Île de la Tentation, où des couples déjà formés viennent s'exposer volontairement - au risque de se détruire - pourrait être la métaphore de ce monde qui creuse sa tombe en se grattant jusqu'au sang où cela le démange. Le consultant Yagdish Parikh faisait part il y a quelques années de son expérience d'une grande école américaine. Il se rappelait son malaise de jeune étudiant indien devant la valorisation qui y était systématiquement faite - et dès le discours d'accueil - de l'insatisfaction perpétuelle. Tel est le système - discours familial, scolaire, commercial, managérial, audiovisuel, politique - qui engendre entre autres choses les courtiers des subprimes et les traders compulsifs, les apprentis sorciers de l'Île de la Tentation et, globalement, la consommation prédatrice. Et peut-être aussi les vieux potentats qu'une seule compagne ne saurait satisfaire.

Vous me direz qu'on a toujours connu cela et que le monde est ainsi et que rêver qu'il puisse en être autrement est tout simplement irréaliste. Je vous répondrai deux choses. D'une part, aucune époque n'a connu cette immersion de milliards de cerveaux dans un océan permanent d'injonctions qui vont toutes dans le même sens. Nous sommes exposés, comme aucune génération ne l'a jamais été, même sous les régimes les plus totalitaires, aux sollicitations, aux invites, aux suggestions et aux manipulations larvées d'un système qui s'emballe. D'autre part, jamais le monde n'a été au bord d'un pareil naufrage, car le tsunami financier ne doit pas nous faire oublier l'économie réelle, les milliards d'humains qui sont dans la souffrance et la survie, la fin prochaine des énergies bon marché et surtout l'implosion de l'écosystème terrestre où il s'agit de rien de moins que de la vie ou de la mort de notre espèce...

Complice des voraces, dont nous avons suffisamment dit de bien pour aujourd'hui: les coriaces. Parfois, ce sont d'ailleurs les mêmes. Ce sera pour une autre chronique.

12.10.2008

Fin du développement durable

Tout le monde connaît l’histoire de cette dame qui voulait être élégante mais qui avait de grands pieds. Elle cherchait des chaussures qui fussent plus grandes à l’intérieur qu’à l’extérieur. Nous en rions parce que nous savons bien que c’est impossible. Or, parler de développement durable c’est parler de chaussures qui seraient de plus en plus grandes à l’intérieur alors que leur taille reste limitée par le morceau de cuir qui les compose.

Je fais le lien entre l’explosion de la bulle financière et cette expression : «développement durable». Les bulles financières, dans leur récurrence, sont comme le lapsus qui, selon les psychanalystes, nous permet de jeter un regard sur notre inconscient. En l’occurrence, ce lapsus trahit l’illusion tenace, la croyance cultivée, que nous pouvons nous affranchir du réel, c’est-à-dire des limites. C’est le fantasme de toute-puissance auquel l’enfant doit renoncer pour devenir adulte. L’argent virtuel, parce qu’impalpable, a retardé cette prise de conscience. Il nous a fait croire que nous avions enfin trouvé la porte qui ouvre sur l’infini. Or, cette même illusion se trahit dans l’expression « développement durable ». Comment pourrait-il y avoir un développement « durable » - c’est-à-dire infini – dans un monde fini ?

Ce serait rester dans l’illusion que croire que les leçons de la bulle financière appellent simplement une nouvelle couche règlementaire. La vraie leçon, si nous voulons l’entendre, c’est la fin du développement durable en tant que concept comme en tant que possible. Circulez, il n’y a rien à voir.

04.10.2008

Noir c'est noir

J'avais besoin d'un bleu de travail - entendez par là un blazer - et je me suis rendu dans une galerie marchande de mon voisinage. La prédominance écrasante du noir dans les vitrines et les rayonnages m'a soudain oppressé. Cela m'a rappelé quand, provincial, je devais "monter" à la capitale. J'étais surpris des nuées de femmes qui s'habillaient de manière aussi funèbre et Paris me faisait penser à ces scènes de films italiens où des veuves innombrables se rassemblent sur la place du village. Le noir, pour moi, c'était cela: ce que portaient les grand-mères - et, éventuellement, les sorcières et les curés. Cela parlait davantage de privation, de deuil, de mort, que de la vie.

J'ai eu l'honneur, il y a près de quarante ans, d'interviewer Jules Roy dans sa maison de Vézelay. Je revois ce personnage magnifique, la longue table massive, les chaises lourdes aux hauts dossiers: une atmosphère quasiment médiévale. Le film 2001* était sorti deux ou trois ans auparavant et, à notre grande surprise, notre hôte s'est mis à l'analyser avec passion. A un moment de la conversation, il s'est levé, est allé chercher L'amant de Lady Chatterley et nous a lu le passage où le garde-chasse imagine que les hommes pourraient choisir de s'habiller de couleurs vives et de s'amuser...

Je m'interroge souvent sur le choix généralisé du noir. J'ai lu quelque part que c'était par commodité: nous sommes tout le temps pressés, le matin nous trouve en outre les yeux mal ouverts, et ainsi nous n'avons pas à perdre un temps précieux à tenter des combinaisons périlleuses. Noir sur noir, pas besoin de se prendre la tête! L'explication n'est pas à rejeter, mais je pense que, comme souvent, elle se combine à quelques autres. Car, enfin, quelle que soit la difficulté - relative - d'apparier entre elles des couleurs, comment peut-on, sans une certaine disposition de l'âme, se contenter jour après jour d'une vêture aussi éteinte ?

J'ai lu ailleurs que la civilisation industrielle ne se serait pas développée sans une forme de puritanisme. Comment faire fonctionner à plein régime une machine qui exige de ceux qui la servent autant de renoncement, sans imposer une sorte de sublimation religieuse ? Il n'est que d'entendre encore aujourd'hui les commentaires hiérarchiques quand des rencontres sentimentales se produisent au bureau ou à l'usine. C'est comme si le sanctuaire avait été profané. Et il s'en parle davantage et avec plus d'aigreur que des fautes proprement professionnelles ou des coups tordus des membres de comité de direction. Nous ne sommes peut-être pas loin de retrouver ici l'amant de Lady Chatterley.

Dans le film Equilibrium**, la société parfaite a été atteinte grâce à la suppression de tout émoi chez les habitants de la Terre. Cela ne va pas sans difficultés car il y a des barbares qui résistent: ils prétendent qu'en perdant ses émotions, on se fait dépouiller de sa liberté et qu'on n'est plus dès lors qu'un zombie au service du système. Le personnage principal, qui fait la chasse à ces dissidents, est vêtu de noir...

On choisit principalement son habit en fonction de la tribu à laquelle on veut appartenir. De qui le noir, le sombre, sont-ils les attributs ? Dans quels milieux et quelles circonstances convient-ils de renoncer aux couleurs que la Terre offre à profusion ? Le renoncement aux couleurs signifierait-il que nous avons fait allégeance à la triste classe des maîtres du monde ? A moins qu'à notre insu nous portions le deuil de quelque chose que nous avons oublié...

* Stanley Kubrick, 1968.
** Kurt Wimmer, 2002.

01.10.2008

Le Père Noël est une ordure

On peut parier que la tribu de ploutocrates qui vient de mordre la poussière à la suite de l’affaire des subprimes saura rassembler ses forces et reprendre la citadelle. Quelques-uns de ses dignitaires, échappant à la catharsis de la chasse aux sorcières, resteront dans la place. D’autres, déjà dehors, feront amende honorable, la main sur le cœur, et on les croira. Peut-être même parviendront-ils à se faire plaindre : le peuple est débonnaire. Ils proposeront la promulgation de quelque code d’éthique et on les applaudira. Ils encourageront le législateur à rajouter une couche règlementaire, cela donnera du travail à quelques-uns, compliquera la vie de tous - et nous serons rassurés. Et, dans six ans ou sept ans, pour la énième fois, on se retrouvera au bord d’un gouffre.

On peut légiférer sur le tigre, pour autant on ne le maîtrise pas. Nos anges momentanément déchus ne partent pas sans argent ni, surtout, sans relations. Ils ont gardé des amis dans la place. On ne les reverra peut-être pas en haut de l’affiche : ils resteront dans les coulisses et se contenteront de pousser en avant et de faire adopter les petits fauves que le système continue de produire. On peut savoir à sa denture de quoi un animal se nourrit. Pour comprendre un système, il suffit de savoir quelle représentation de la réussite cultivent ceux qui lui appartiennent. Cette représentation déjouera tous les harnachements prudentiels. Les hommes que l'on montre du doigt lors d'un scandale sont autant et parfois plus les produits du système que ses auteurs.

De quoi rêvez-vous jeunes financiers ? D’épate. Cette épate qui requiert d’abord beaucoup d’argent : celui que l’on administre, celui que l’on prend au passage, celui que l’on dépense. Celui qui permet de frimer, d’écraser le voisin de bureau ou de palier. C’est avec cela que le Prince vous fait grimper au cocotier. Si on vous demandait d’aligner les dix signes matériels de votre représentation de la réussite, vous diriez quoi ? La montre, la voiture, le costume, l’appartement, la classe Affaire - sans oublier la compagne ou le compagnon qui va avec : celui ou celle dont le visage ou la voix font rêver Mme Michu ? Qu’est-ce qui vous fait vraiment enfler les chevilles ? Etre vu en conciliabule avec le « Boss » ou dans son ranch ? La promesse d’appartenir bientôt ou déjà à la race des seigneurs ?

Le ressort du système financier est une voracité sans répit. Mais, sa vraie ressource, c’est l’espoir. L’espoir, pour des jeunes gens bien formés, d’entrer dans le monde des grands. L’espoir pour les industries financières de dominer la mondialisation. L'espoir pour les épargnants de glaner quelques noisettes. L’espoir pour les familles d’être propriétaires. L’espoir pour les entrepreneurs de voir leurs entreprises – devenues « start up » - s’épanouir aux dimensions du monde. L’espoir pour les Etats de ne pas avoir à mettre la main au portefeuille pour rendre leurs citoyens moins misérables. L’espoir pour les actionnaires et leurs représentants d’empocher, au final, la cagnotte du casino.

Demain, bardé de bonnes résolutions, enjominé de nouveaux textes règlementaires, le système suscitera je ne sais quelle aura autour de je ne sais quel nouvel espoir dont nous aurons envie: biotechnologies contre la faim, énergies nouvelles pour sauver notre façon de vivre, promesse de la vie éternelle, de la beauté et de la richesse pour tous... Il gonflera n’importe quelle bulle de savon, quelles qu’en puissent être les conséquences. Pourquoi ? Parce qu’il cultive toujours la même représentation de la réussite et que nous avons toujours envie de croire au Père Noël.

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