28.11.2008
Zombies
A la lecture de ma note sur "Docteur V", mon voisin de palier m'a fait part de son émoi devant les propos d'un sien neveu à la table du repas dominical. Ledit neveu, jeune chirurgien installé depuis quelques mois en province, quoiqu'il gagne déjà autour de 150 000 € se plaignait de la difficulté d'augmenter le nombre de ses "actes", pestant qu'il n'avait pas fait de longues études pour en arriver là. Mon bon voisin, qui est à l'âge où, mon Dieu, la probabilité s'élève de passer sur le billard pour un bobo ou un autre, en avait eu froid dans le dos. Faut dire que, corrélativement à son âge, sa génération est de celles qui se font de la médecine une image plus proche de l'hagiographie que du "business as usual".
Avez-vous déjà vu un de ces thrillers qui mettent en scène des zombies ? A l'instar d'un OGM, un zombie est un être réduit à l'intention de son créateur. C'est un organisme dont on a retiré tout ce qui n'était pas utile à l'objectif qu'on lui a assigné, y compris et surtout son identité. Du vivant, par soustraction, on a fait une machine. Cherchez la valeur ajoutée et à qui le crime profite! Dans les thrillers qui cultivent le thème des morts-vivants, l'être humain conserve une pauvre apparence de ce qui le faisait des nôtres, mais fonctionne de fait comme un robot. Le résultat est un mélange d'entêtement stupide et de cruauté inconsciente.
Il y a des gens qui sont à la limite de cet état. Ce sont par exemple, comme dans Le Petit Prince, des machines à traiter des chiffres, rien que des chiffres. Ce qui ne se compte pas n'a pas d'existence pour eux. Ils raseront un village parce qu'il empêche les bons chiffres d'apparaître sur leur tableau de bord. D'autres sont des machines à faire du fric et ils n'en ont jamais assez. Les variétés de zombies sont très nombreuses. Il y a pas mal de moulins à parole, qui répètent toujours la même chose sans se rendre compte que leur discours n'engrène pas sur la réalité. Ou ceux qui - surtout dans le personnel politique - remettent le couvert depuis trois générations.
Quel que soit l'axe de leur fonctionnement mécanique, les zombies ont quelques points en commun. D'abord, quand cela ne va pas, ils font encore plus de la même chose et ne se rendent pas compte que c'est cela qui amène le résultat non désiré. Ils sont incapables de doute, ne se remettent pas en question, ne réexaminent pas leurs représentations, leurs croyances, leurs "pré-supposés". Leur champ de conscience est étroit: ils ignorent l'amont et l'aval de ce qu'ils font et ne connaissent pas le sens du mot "contexte". Leur attention est appauvrie par leur obsession: ils ne verraient pas un dinosaure traversant l'autoroute. La variété de leurs réactions se ramène à la satisfaction de leur compulsion ou à l'obéissance sans états d'âme. Dans le meilleur des cas, il y a pour la société quelques bienfaits collatéraux. Mais gare si la machine s'emballe. On a alors les sinistres financiers, les opérations chirurgicales inutiles, la prolifération de règlementations erronées, les licenciements en masse, les gens qui meurent de froid dans les rues, la planète qui crève.
On peut se demander comment, sans user des drogues du vaudou, notre société façonne de telles infirmités. Car je ne crois pas qu'on naisse comme cela: on le devient. Dans certains pays, on tord les membres et on brise les os des jeunes enfants pour en faire des mendiants qui appitoieront le passant. S'agissant de réduire les têtes et d'appauvrir l'esprit, les moyens sont moins brutaux et plus insidieux. Sur le terreau de blessures archaïques à réparer, les idéologies de la réussite, l'exemple jalousé, le discours familial, le management, vont susciter une représentation de ce qui est bien et, derrière elle, un projet de vie au service duquel la personne, par désir de performance, va se robotiser. Pour être équitables, n'oublions pas de dire que nous avons tous notre côté robot et, surtout, nos moments de "zombisme".
Mais, "ce qui compte, ce n'est pas ce qu'on a fait de nous, c'est ce que nous faisons de ce qu'on a fait de nous". C'est de Sartre ?
15:39 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : comportements, développement personnel
25.11.2008
Conscience et comptabilité (2)
Le Dr Govindappa Venkataswamy (1918-2006), surnommé "Docteur V", s’était demandé comment faire bénéficier d’une opération les millions de pauvres de son pays atteints de la cataracte. Le coût de l'opération et le nombre des personnes concernées faisaient ressembler sa réflexion à une dérisoire utopie. En outre, "Docteur V" était atteint aux mains d’une arthrite rhumatoïde. A cause d'elle il avait dû renoncer à pratiquer l'obstétrique et c'est ainsi qu'il s'était orienté vers l'ophtalmologie. Donnez ces informations à n'importe quel bon élève de business school et il va vous dire que ce projet et son promoteur ne relèvent pas de la logique économique.
Cependant, le système créé par le Dr Govindappa Venkataswamy permet à des millions d'Indiens d'accéder à l'opération de la cataracte tout en étant viable sans intervention des finances publiques. Sa solution ? Elle combine efficacement la dimension technique et la dimension sociale. D'abord, afin de pouvoir opérer malgré son handicap physique, "Docteur V" avait analysé de très près les séquences de l'intervention et les gestes à accomplir, et il les avait optimisés. Puis, il s'était fait fabriquer des instruments chirurgicaux adaptés à ses mains et spécifiques à chacun de ces gestes. Grâce à ces instruments, il pouvait opérer jusqu’à cent cataractes par jour, abaissant ainsi considérablement le coût unitaire de l'opération.
Complément à l'innovation technique, une "règle du jeu". Les hôpitaux de "Docteur V" s'appuient sur la solidarité des patients les plus aisés avec les plus pauvres. 47% des deux-cent mille opérations annuelles sont ainsi gratuits et 18% facturés à un prix plus faible que le prix de revient. 35% des patients paient au tarif normal - déjà avantageux en raison des innovations techniques que l'on a évoquées. Cette tarification différenciée permet l'équilibre économique. Objet possible de scandale pour nous: aucun contrôle de revenu n’est effectué! Chaque année le modèle produit des bénéfices qui sont réinvestis dans de nouvelles structures.
Ainsi, c’est en conjuguant un double handicap – physique et social – et en faisant fi du perfectionnisme bureaucratique que "Docteur V" a atteint son objectif utopique. Je me plais à citer ici de nouveau le maire de Barjac: "Il y a des moments où il ne faut pas faire passer les comptables devant. Ce qu'il faut faire passer devant, c'est sa conscience". Comme le disait aussi mon plombier: c'est la section la plus étroite qui détermine le débit maximum du tuyau.
00:23 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : économie, innovation, développement personnel
23.11.2008
Conscience et comptabilité
La particularité de mon cerveau est sa tendance naturelle à faire des rapprochements. Je n'en tire aucune gloire car c'est quasiment compulsif. Par exemple, quand je vois les réactions scandalisées à l'idée que, pour contrer la crise financière et protéger les entreprises de ses dégâts collatéraux, on pourrait créer des monnaies complémentaires, ce qui me vient à l'esprit c'est que, pour nous, le monothéisme est supérieur au polythéisme. Vous allez me dire que c'est un peu tiré par les cheveux. Je suis cependant persuadé que, si le contenu diffère, la pensée a la même forme. Constitue pour nous un progrès tout ce qui du multiple ramène à l'un. Le "one best way". La "monnaie unique". La vérité. Cette vision du progrès apporte évidemment dans ses bagages la centralisation, les merging and acquisitions, les normes de ceci ou de cela, les OGM et j'en passe, qui sont des façons convergentes de passer au merveilleux ordre de l'un.
Mon voisin de bureau me racontait l'autre jour une réunion du "Cercle des Paradoxes" de l'ANDRH à laquelle il avait assisté. Ce soir-là, le thème de réflexion était celui des relations entre les entreprises et les personnes handicapées. Un témoignage l'avait particulièrement remué. Originaire d'Afrique, robuste et tonique, l'homme expliquait que, si la médecine française avait été providentielle en stoppant le mal terrible qui l'avait atteint, en revanche les entreprises à cause de son handicap le laissaient systématiquement sur la touche. Il concluait par une formule à l'emporte-pièce: "Notre société, techniquement, elle est géniale; socialement, elle est nulle". Alors que j'assistais, hier, à la projection de "Nos enfants nous accuseront" de Jean-Paul Jaud, une autre formule est venue faire écho à celle-là. Ce documentaire conte l'histoire vraie du village de Barjac, dans le Gard, dont le maire a décidé il y a quelques mois que désormais la cantine municipale ne servirait que du "bio". A un moment, questionné sur les coûts, il a cette réplique: "Il y a des moments où il ne faut pas faire passer les comptables devant. Ce qu'il faut faire passer devant, c'est sa conscience". J'ai failli applaudir.
Aucune époque n'a eu autant de comptables en tout genre que la nôtre. Aucune société dans l'histoire n'a effectué autant de mesures. C'est incroyable tout ce que nous mesurons: depuis les variations de l'ocytocine lors des rapports sexuels jusqu'aux fibrillations des subprimes sur les marchés financiers, en passant par les battements de paupière d'une cliente devant une tête de gondole ou l'élévation de la température terrestre. Avec quel résultat ? Que cela coûterait trop cher d'adapter un poste de travail pour une personne handicapée et qu'il vaut mieux verser une taxe à l'état que s'encombrer d'un citoyen qui n'est pas tout-à-fait à la norme ? Qu'il vaut mieux économiser sur le budget de la commune que s'assurer de donner à ses enfants et à ses vieillards une nourriture de qualité ? Vous allez me dire que c'est une question de moyens: on les a ou on ne les a pas! Un sdf est mort de froid cette nuit à Vincennes. Dans ce pays qui, au niveau mondial, fait partie du peloton de tête pour le PNB per capita. Osez encore me dire que c'est une question de moyens.
Vous avez raison, Monsieur le Maire: "Il y a des moments où il ne faut pas faire passer les comptables devant. Ce qu'il faut faire passer devant, c'est sa conscience". Merci de votre leçon et de votre exemple.
14:58 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : économie, politique, éthique
18.11.2008
Conte financier
Voici une histoire que l'on m'a racontée il y a bien longtemps mais qui prend un certain relief en ces temps de crise financière.
Cela se passe dans la rue commerçante d'un petit village d'orient. Dans cette rue, il y a deux horlogers qui se connaissent bien. Un matin, l'un des deux passe devant la vitrine de son confrère et une montre un peu vieillote attire son oeil de professionnel. Il regarde et trouve le prix intéressant. "Je serai capable d'en tirer un bien meilleur parti que lui" se dit-il, et il entre pour l'acheter. L'autre est surpris mais laisse partir la montre: c'est toujours cela de moins dans les stocks. Cependant, la journée s'écoulant, le vendeur de la montre commence à se demander si quelque chose ne lui aurait pas échappé. Si son collègue et néanmoins concurrent a franchi le pas de sa porte pour la lui acheter sans négocier le moins du monde, c'est qu'il y a anguille sous roche. Là dessus, il passe une mauvaise nuit.
Le lendemain matin, c'est à lui de regarder la vitrine de son concurrent et là, surprise, la montre y est bien, mais au double du prix qu'il la lui a vendue! Son sang ne fait qu'un tour et, malgré une certaine vergogne, il entre dans le magasin et explique assez gêné, que - ma foi - il a fait une erreur, qu'il n'avait pas pensé s'en désaisir si vite, que sa femme lui a fait des reproches, etc. Il la rachète finalement au prix fort, mais qu'importe! Il la remet dans sa vitrine en doublant à nouveau le prix.
Voyant cela, l'autre horloger se convainc évidemment que quelque chose lui a encore échappé. Il rachète la montre, la remet dans sa vitrine en doublant à nouveau le prix. Pour faire court, l'histoire dure ainsi une semaine, la montre changeant alternativement de vitrine chaque matin et doublant son prix par la même occasion. Jusqu'au jour où le vendeur de la veille passe devant la vitrine de son concurrent et ne voit plus la montre. Il blémit, son coeur s'affole, il redoute le pire. Il entre dans le magasin: "Qu'as-tu fait de notre montre ?" s'écrie-t-il au comble de l'angoisse. "La montre ? Celle que tu m'as vendue hier ? J'ai eu la visite d'un couple de touristes américains, ils l'ont achetée sans discuter."
L'autre s'écroule sur une chaise: "Tu es complètement fou! Tu te rends compte de ce qu'elle nous faisait gagner chaque jour ? Bientôt, nous étions millionnaires!"
12:10 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : argent, développement personnel, économie
17.11.2008
Abstraction
Apôtre du libéralisme intégral, Milton Friedman était de ces hommes qui sont à la recherche de la musique des sphères, je veux dire qu’il cherchait le modèle mathématique qui pût rendre compte avec simplicité et élégance, et surtout avec perfection, des mouvemenst du réel. Comme beaucoup de ceux qui partagent cette tournure d’esprit, il en vint au point de vouloir imposer ses idées désincarnées et il eut pour laboratoire d’expérimentation un pays tout entier: le Chili de Pinochet. Car, si la pensée de Friedman peut séduire par sa pureté géométrique, elle eut néanmoins besoin de hussards pour s’imposer.
Milton Friedman me fait penser à Mallebranche. Ce disciple de Descartes partait du principe que les animaux n’ayant point d’âme, en conséquence ils n’avaient pas davantage de sensibilité. Il battait cruellement sa chienne en public et expliquait que les cris qu’émettait le maheureux animal n’étaient que les grincements de la machine. Mallebranche, allez-vous me dire, c’était quand même il y a de cela bien longtemps. Alors, vous souvenez-vous de ces chirugiens qui, assez récemment encore, opéraient les bébés sans anesthésie au prétexte que leur système nerveux n’était pas encore suffisamment développé pour qu’ils ressentent la douleur ?
Entre Milton Friedman, Mallebranche, ces chirugiens imbéciles et bien d’autres dangers publics dont l’histoire est hélas ! parsemée, je vois un point commun: l’aveuglement de l’abstraction. Ces gens-là recouvrent le monde d’une construction de leur esprit qui est si dure et si compacte qu’elle ne laisse passer aucun démenti : dénégations, résistances, effondrement économique et social ou cris de douleur sont étouffés dessous. Tout au contraire, dans l’impuissance où ils sont de remettre leurs modèles en question, ils en rajoutent dans la stupidité et l’horreur pour que la réalité, meurtrie et brisée, entre enfin dans leur système.
Je citerai encore Alain : un fou, ce n’est pas quelqu’un qui a perdu la raison, c’est quelqu’un qui n’a plus que la raison.
15:37 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : économie, politique, développement personnel
14.11.2008
Journée mondiale de la gentillesse
J'apprends grâce à un de mes "friends" sur Facebook que ce serait aujourd'hui la Journée mondiale de la gentillesse. Je ne sais pas qui l'a décrété mais, après la tentation d'en ricaner, je me dis que la gentillesse mérite bien d'être réhabilitée. D'abord, parce que la société que nous avons construite, surtout dans les grandes agglomérations, semble générer une animosité naturelle des humains les uns envers les autres. Où qu'ils se retrouvent, que ce soit dans la rue ou sur les quais des gares et des métros, dans les salles d'attente des aéroports ou les queues devant les cinémas - qu'ils soient à pied, à vélo ou en voiture - on a l'impression de silex qui, au moindre contact, peuvent faire des étincelles. Plus souvent que la gentillesse, c'est l'exaspération qui se manifeste, le procès d'intention, l'agressivité.
L'autre raison pour laquelle, je crois, il faut réhabiliter la gentillesse, c'est qu'elle est trop souvent associée à l'expression "se faire avoir". Pour moi, la gentillesse ne s'assimile pas à la faiblesse et, par exemple, à l'incapacité de dire non. On peut dire non - et dans certains cas, on doit dire non - tout en restant gentil - c'est-à-dire, à tout le moins, sans aboyer et au mieux en conservant pour l'autre un regard bienveillant. Teilhard de Chardin a écrit quelque part: "La douceur est la première des forces parmi celles qui se voient". J'en suis, pour ma part, bien d'accord. Je lisais il y a quelques jours, dans Le Monde, que notre espèce est exposée à une pandémie potentielle. La source s'en trouve dans les élevages industriels de poulets. Si, élevée en masse, la volaille engendre la grippe aviaire, ce que l'accumulation humaine produit de spécifique au sein d'une société de consommation, c'est une forme de qui-vive, d'agressivité latente, prête à jaillir comme une épidémie. Il y a une pandémie qui s'attaque aux âmes. Elle ne tue pas, mais elle empoisonne.
Il y a en outre des facteurs d'accroissement de cette tension permanente. Par exemple, en ce qui me concerne, cela fait près de six mois que je travaille à la conception et à l'organisation d'une journée de réflexion particulièrement pointue. Je me suis assuré la présence de trois experts d'une rare qualité. J'ai près de trente participants de tous les coins de France et de Navarre, ce qui est un record selon mes critères habituels, et j'ai même une poignée de personnalités externes pour faire bonne mesure. Et là, vlan! les syndicats de la SNCF annoncent une grève! Tous ces efforts, les décisions de près de quarante personnes, l'organisation de leur emploi du temps pour être là, sans parler des hôtels, des salles et des repas réservés, le salaire des intervenants, tout cela peut se retrouver à la poubelle en quelques heures. Et c'est - en plus - la deuxième fois depuis la rentrée.
Alors, Mesdames et Messieurs les Syndicalistes des transports en commun, sans remettre en question le droit de grève, j'ai envie de vous dire que vous me faites copieusement... - Heu... c'est la journée mondiale de la gentillesse... Faut que je le dise autrement! Respire, souris - on reprend! J'ai envie de vous dire que vous faites payer à ceux qui, normalement, ne vous en veulent pas, les difficultés que vous avez avec vos dirigeants. J'ai envie de vous dire que vous contribuez à la pollution des esprits, parce que vous déclenchez des émotions agressives à votre encontre et que, le jour de votre grève, il y aura encore plus de tensions entre les usagers de vos services. J'ai envie de vous dire que vous contribuez aussi à la pollution de la planète parce que, à cause de votre grève, il y aura plus de véhicules dans les rues et sur les routes, plus de pétrole consommé et plus de CO2 relaché dans l'atmosphère.
Alors, pour conclure, j'ai envie de vous dire que vous manquez vraiment d'imagination stratégique. Il y a sûrement d'autres moyens de faire pression sur vos dirigeants que d'empoisonner la vie et le moral de ceux qui vous permettent d'exister. Mon ami Frédéric Le Bihan, de l'Ecole française d'Heuristique, et moi, on peut vous monter un séminaire de créativité si vous le souhaitez. Dans le cadre de la journée mondiale de la gentillesse.
12:11 Publié dans Indisciplinés | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : société, développement personnel, éthique
12.11.2008
De la bourse comme superstition
Ce même Alain dont j’ai donné hier un extrait considérait que l’art est un moyen de sublimer les passions par la résistance que la matière oppose au créateur, et il reprochait par exemple au béton d’être trop malléable pour remplir ce rôle. Qu’aurait-il dit des marchés financiers ! Et d’abord, aurait-il sans doute demandé, qui sont les « marchés financiers » ? Des hommes et des femmes qui, à New York, à Tokyo et ailleurs, soupèsent leur espoir de gagner et leur crainte de perdre. Or, immatériels, les marchés financiers donnent ce que l’on sait, ils ne sont qu’un démultiplicateur, dans le vide, de la peur et de l’espoir. Parce que sans matière, au lieu de purger nos passions, ils les exacerbent. Faire de l’argent avec de l’argent, c’est lacher la rêne à l’hybris. C’est entrer dans un monde de superstition où tout devient signe, où l'on croit voir les fantômes que l'on redoute et les anges que l'on espère. Mais jusques à quand nous contenterons-nous de pelleter des nuages ?
15:26 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : finances, économie, société, développement personnel
11.11.2008
Le citoyen contre les pouvoirs
En ce jour anniversaire du 11 novembre 1918, je vous livre ce texte d'un poilu, le philosophe Emile Chartier dit Alain, tiré du recueil "Le citoyen contre les pouvoirs". Bien que daté de 1926, il n'a guère perdu de saveur et de pertinence. Certains se douteront que j'ai été élevé au lait de cette philosophie-là!
L'homme des champs m'a enfin dit toute sa pensée. « Je vote sans aucun plaisir ; je n'aime pas cela. C'est comme si un prodigue mangé d'hypothèques me demandait conseil, sous la condition que je réponde de ses dettes pour une part. Les affaires publiques sont mal conduites. On me consulte ; mais il est clair que mon avis ne pèsera rien ; on me consulte afin de m'engager. Dans nos campagnes on aime payer, ou n'aime point devoir. Vous voulez me mettre sur les bras cette énorme dette publique. Bien forcé je suis, dites-vous. Écoutez ma pensée : j'aime mieux être forcé que consentant.
(...)
« Mais si l'État c'est moi, alors il faut que je paie ma part de toutes ces dettes-là. C'est notre coutume par ici de payer ce qu'on doit, quand on devrait se faire garçon de ferme. Mais quoi ? je ne vois pas de limites. Tous ces beaux messieurs disent que nous sommes pauvres, et dépensent comme des riches. On dit que le chemin de fer perd sur le travail qu'il fait. Mais regardez le travail des ingénieurs ; on le voit d'ici. Ils changent les rails et les traverses ; ils vont faire rouler des trains électriques, afin que tous les paresseux et les ennuyés voyagent encore plus vite. Tout va de même, si j'en crois les journaux. Ici même je vois passer leurs avions à voyageurs, qui transportent aussi des colifichets. Oui, on envoie une robe de bal de Paris à Londres par la voie des airs. Et quoique chacun paie pour son colis ou pour sa place, chaque voyage nous coûte encore plusieurs billets de mille francs, Ne parlons pas de leur guerre ; on se perd dans ces dépenses-là. Mais souvent une petite chose fait juger des grandes. Mon fils, qui était artilleur, a vu tirer quatre mille obus par jour dans un secteur de deux kilomètres, pour faire diversion. Chaque obus coûtait quatre-vingts francs. Ces mêmes hommes occupent le Palatinat et la Ruhr ; toujours par de bonnes raisons, disant qu'on ne peut faire autrement. Après cela on m'invite à une assemblée d'actionnaires. Mais je n'ai rien du tout à dire sur ce genre de commerce. J'aimerais mieux ne point m'en mêler.
« Voyez ma ferme. je regarde à tout. Ce que je peux raccommoder, je ne le remplace point. Il ne manque pas ici de vieilles choses qui font encore un bon service. Si j'ai un moteur pour élever l'eau, c'est parce que je suis sûr, largement sûr, de regagner le prix d'achat en trois ans. Ici l'avarice ne s'endort jamais ; faute de quoi le travail lui-même ferait mourir le travailleur. La voilà, mon opinion. Maintenant si je donne conseil à mon voisin, mon conseil est perdu ; c'est à lui de veiller et j'ai assez à faire chez moi. Et l'État me demande conseil. Mais, mon cher, il n'y a pas une page de leurs comptes, pas une page de leurs projets où je trouve seulement une ligne raisonnable. Je ne vois qu'un remède à cette politique de fils de famille, qui est de serrer les cordons de la bourse. C'est ainsi que mon père m'a élevé ; et de nécessité j'ai fait sagesse. De même je dois agir paternellement à l'égard de tous ces prodigues, et faire le sourd. Voilà pourquoi ce papier électoral ne me plaît guère. Il m'engage ; il prend hypothèque sur moi. On devrait pouvoir voter non et non et encore non. »
17:10 Publié dans Indisciplinés | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, politique, démocratie
08.11.2008
EROEI*
Le monde demain, voire de tout à l'heure, quoique nous en ayons, ne ressemblera pas à celui d'aujourd'hui.
Le pétrole facile est le facteur-clé de la production industrielle de masse et de la mondialisation, autrement dit du monde que nous avons créé autour de la "société de consommation". Mais quel qu'ait été le génie de notre espèce dans cette création, l'existence des énergies fossiles a été déterminante. Sans elles, même nos idéologies seraient aujourd'hui différentes. Il n'est jusqu'au pavillon de banlieue et à l'individualisme moderne qui ne leur doivent quelque chose.
Dans les années 30, aux États-unis, lorsque vous dépensiez une unité d'énergie pour extraire du pétrole vous en receviez plus de 100 en retour. C'est un effet de levier considérable. Cependant, ce rapport de 100/1 a décru au cours des années au fur et à mesure que les meilleurs gisements s'épuisaient et qu'il fallait en exploiter de moins accessibles et de moindre qualité. En 1970, le rapport avait déjà fortement diminué, mais il était encore de 30 unités d'énergie obtenues pour une unité dépensée. Aujourd'hui, la moyenne mondiale se situe autour de 20/1 et, si l'on peut affirmer que nous n'avons pas épuisé les réserves, il convient de préciser que le rendement ira décroissant.
Si l'on regarde du côté des autres énergies, qu'on les qualifie de complémentaires ou de substitution, il faut vraiment y mettre de la bonne volonté pour croire qu'elles vont nous permettre de conserver le monde actuel au prix de simples ajustements. Avec un retour sur énergie dépensée actuellement supérieur à 23/1, l'énergie hydroélectrique arrive largement en tête. Mais la plupart des grands sites sont déjà exploités et certains de ceux qui existent commencent à être affectés par la diminution des précipitations. L'énergie éolienne, en ce qui la concerne, se situe autour de 11/1 et encore si on ne tient pas compte de la compensation des périodes sans vent par d'autres sources d'énergie. Le solaire photovoltaïque est entre 2,5/1 et 4,3/1. Les biocarburants - dont on a vu qu'ils entrent en outre en concurrence avec les cultures vivrières - affichent un modeste 2/1. Pour compléter le tableau, souvenons-nous aussi que les hydrocarbures ne sont pas les seules ressources qui s'épuisent ou dont l'extraction exige une énergie croissante. Sur la liste des pénuries à venir, nous avons le gaz, le charbon , l'uranium, et nous pouvons rajouter les métaux rares dont nos "nouvelles technologies" sont friandes.
Or, malgré ces perspectives, nous sommes semble-t-il dans le scénario du fabricant de bougies qu'obsède la pérennité de son produit. Toute son attention y est piégée: il essaye de l'améliorer, de faire en sorte qu'elle dure plus longtemps, qu'elle coûte moins cher, qu'elle brille davantage, qu'elle pue moins quand on la mouche. Il recherche de meilleures mèches, des substituts au suif ou des fournisseurs moins gourmands. Enfermé dans l'univers de la bougie, il ne voit rien d'autre. Il en oublie qu'elle est une réponse à un besoin : celui de lumière. N'est-ce pas le même aveuglement dans lequel nous nous entretenons aujourd'hui avec des concepts comme le "développement durable" qui nous laissent croire que tout va continuer comme avant ? Si, au lieu de parler de "développement durable", on parlait de bonheur ?
* Energy return on energy invested.
09:40 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : énergie, prospective, écologie, développement personnel
07.11.2008
La politique du beefsteak (2)
Je vous propose quelques excursions (ou incursions) dans un univers impitoyable. Souvenez-vous toutefois qu'il ne durerait pas longtemps sans les revenus que nous lui fournissons et les concessions que nous lui faisons...
http://www.amisdelaterre.org/Le-genocide-OGM.html
http://www.cyberacteurs.org/forum/viewtopic.php?p=8120#8120
http://www.lemonde.fr/planete/article/2008/11/03/l-europe-mal-pr...
http://www.viva.presse.fr/Les-pesticides-joueraient-un-role_1084...
08:00 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ogm, pesticides, grippe aviaire

