31.12.2008

2009

Si, en ces dernières heures de 2008, on regarde la situation de l’humain, que ce soit sous les latitudes des nantis ou celles, parfois proches, où règne la misère et où coulent le sang et les pleurs, on est saisi par le sentiment d’une abjecte absurdité.

En quelques mois, les banques de la planète - pour avoir voulu faire de l’argent sur le dos de ceux que notre idéologie économique réduit déjà à la précarité - ont reçu en subventions des Etats largement plus que les aides alimentaires que ceux-ci avaient pu refuser aux plus pauvres.

Ce n’est qu’une mesure, certes non des moindres, tirée du bilan de 2008. Il y en aurait bien d’autres : la dégradation forcenée de l’écosystème terrestre, la réduction périlleuse de la biodiversité, l’extension des « maladies de civilisation », le nombre des enfants assassinés, le banditisme en col blanc… L’équipage se sert, s’entretue, se détruit de diverses manières, tout en creusant des trous dans la coque du navire…

Gardons-nous de diaboliser qui que ce soit: il n’y a de pouvoir que celui que chacun d’entre nous a donné, d’exactions que celles dont nos intérêts à courte vue nous ont faits les complices, de dérives que celles générées par nos représentations de la réussite. Que nous ayons consommé ou épargné, que nous ayons produit ou rêvé, nous avons été vous et moi les co-auteurs de ce monde.

Si nous pouvons nous souhaiter une « bonne » année 2009, c’est sous condition de nous souhaiter en même temps l’intelligence et la volonté de penser et vivre différemment. Nous le savons: toujours plus de la même chose n’engendre que toujours plus du même résultat. Nous avons déjà payé. Voulons payer encore ? La bourse remonte, alors point déjà la tentation de réendosser les croyances qui avaient été un moment ébranlées. Les idoles ont la vie dure, leur clergé est persuasif.

Je nous souhaite donc d’abord la conscience de notre pouvoir, la connaissance des choses à changer et la créativité qui nous le permettra. Je nous souhaite le courage de nous extraire du conformisme des idées et des comportements. Je nous souhaite aussi la bonne fortune de rencontrer ceux qui, à notre insu, sont sur le même chemin que nous. Nous sommes plus nombreux que nous ne le pensons.

Je ne sais pas dans quel monde je laisserai mes enfants, mais je veux qu’ils sachent que j’aurai fait de mon mieux pour qu’il soit encore beau et vivable.

2009 ne sera une année confortable pour personne, mais elle sera passionnante et féconde pour tous ceux qui voudront redevenir créateurs de leur vie.

Légende

Au terme d’une période de tribulations particulièrement rudes, un peuple meurtri et épars se rassemble afin de s’établir dans un territoire vierge où il pourra vivre en paix. Certains d’entre ses membres sont portés par la vieille croyance d’une terre providentielle qui leur serait destinée.

Las, les territoires vierges se révèlent occupés depuis des siècles par des peuplades au mode de vie frustre et barbare. Les nouveaux arrivants s’installent donc avec un bon droit que ceux qui sont déjà là vivent comme une violation. On tentera d’expliquer à ceux-ci que c’est par la volonté d’un dieu très supérieur au leur. On leur montrera des documents établis par des monarques lointains. Mais rien n’y fera. Il y aura un premier mort, des représailles évidemment, et les premières semences de haine seront jetées qui donneront bientôt d’abondantes récoltes. Commence une longue série, et qui ira s’amplifiant, de violences, de barbaries et de meurtres.

Cependant, ce que voient les gens d'ailleurs, au bout de quelques années, c’est le travail spectaculaire des nouveaux colons. Rien que cela emporte l’admiration et le soutien, d’autant que cette réussite se fait dans les critères de richesse matérielle chers au monde extérieur. Le récit qui, dès lors, va se raconter et qui structurera les regards est une histoire de civilisés et de barbares, donc de bons et de méchants, où les rôles semblent affectés une fois pour toutes.

De quoi je parle ? De la conquête de l’Amérique bien sûr, vous m’avez compris. Au fait, pour l’Occupant, l’Occupé a-t-il une âme ?

30.12.2008

Sans commentaire

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23.12.2008

Portrait d'un traître

Callisthène est capable de tirer de la chose la plus simple une variété incroyable de sensations, un plaisir qui n'en finit pas. Une gorgée de vin, une bouchée de nourriture, un souffle d'air qui passe, le toucher d'une étoffe, le timbre d'une voix ou le chant d'un oiseau, sont pour lui comme un labyrinthe - cette figure qui, dans un espace fini, recèle un chemin infini. Il s'y enfonce avec délices.

Quand il visite une exposition, après un rapide coup d'oeil il s'attache à une seule des oeuvres présentées et se plonge dans une contemplation inépuisable. Quand il achète un nouvel objet, il semble que des siècles ne lui suffiraient pas pour en apprécier les qualités. Il le traite d'ailleurs avec tant de soin qu'il en allonge la vie. Il a relu certains livres des dizaines de fois, il connaît par coeur une soixantaine de poèmes choisis au long de sa vie, et, dit-il, y découvre chaque fois des choses nouvelles et plus profondes.

Quand il se promène, il conjugue la marche rapide et prolongée - car, affirme-t-il, le corps recèle des sensations internes tout aussi riches que celles qui viennent de l'extérieur - et les moments de recueillement : la rumeur des vagues, l'ombre d'une biche, le tournoiement d'un oiseau, la fragrance automnale d'un sous-bois...

D'un séjour, jadis, en Asie, il a rapporté une coutume culinaire qui surprend: avant de les faire cuire il coupe tous les aliments en petits morceaux, prétendant ainsi économiser tant sur la matière première que sur le temps de cuisson et ainsi sur le bois, le gaz ou l'électricité. Ce n'est pas qu'il manque d'avoirs ou de revenus, mais il vous expliquera que la vraie fortune dont nous devons prendre soin est en dehors de notre possession.

Callisthène est en excellente santé. Extrayant tant de plaisir de si peu de chose, il est à l'abri des maladies de pléthore. Sa pratique de marcheur entretient son coeur et son souffle et régule ses humeurs. En outre, cultivant la contemplation sensorielle à un tel point, il ne lui est guère besoin de disciplines orientales pour se protéger du stress. Et on comprend aisément qu'il n'ait pas de problèmes d'argent: la plupart de ses bonheurs sont gratuits et il tire un tel parti des plaisirs marchands qu'il y dépense bien peu.

C'est bien là, pour certains, que le bât blesse. Pour beaucoup de gens, il passe pour avare ou arriéré. Récemment même, il y a eu une manifestation devant sa porte: à si peu consommer de quoi que ce soit, y compris de médicaments, il serait un danger pour l'économie, pour l'emploi, pour le progrès.

13.12.2008

Hommage à une amie

Fangfang.jpgFrançoise Grenot-Wang, dite Fangfang, soixante-huitarde, féministe et rebelle constructive, avait trouvé son destin en Chine du sud. Elle a passé les dernières années de sa vie à susciter des parrainages pour que les petites filles de cette région aient accès à la scolarisation. Elle vivait parmi les minorités des montagnes. Elle vient de périr, là-bas, en pleine maturité, dans l'incendie de sa maison...

http://www.aujourdhuilachine.com/actualites-chine-hommage-a-francoise-grenot-wang-9923.asp?1=1&IdVideo=3

Le site de Couleurs de Chine, son association: http://www.couleursdechine.org/

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