30.04.2009

Epidémie de cochons

Deux hommes qui ne se connaissent pas voyagent dans un train, face à face. De temps en temps, l'un d'eux se lève, prend une boîte ronde dans sa valise, baisse la vitre et jette un peu du contenu par la fenêtre.

A la troisième fois, son compagnon de voyage, intrigué, lui demande ce qu'il fait.

L'autre de répondre:

- C'est une poudre contre les tigres.

- Mais il n'y a jamais eu de tigres dans cette région!

- Justement, ça prouve que ça marche!

Pour ceux qui lisent l'anglais et qui veulent entendre un autre son de cloche sur la menace de pandémie liée à la grippe des cochons, je recommande cet article d'un médecin américain:

http://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2009/0...

26.04.2009

Vive l'indiscipline!

Ceux qui ont vu le film d'Henri Verneuil I comme Icare (1979) se souviendront d'une séquence apparemment fantaisiste et qui cependant reconstitue une véritable expérience scientifique. Celle-ci est connue sous le nom d' "expérience de Milgram" du nom de son concepteur. Elle montre le rôle anesthésiant du respect de l'autorité pour une majorité d'individu. A travers elle, Stanley Milgram cherchait à comprendre par quels mécanismes, à l'époque nazie, des citoyens ordinaires avaient pu se rendre complices des pires horreurs.

Voilà qu'une chaîne de télévision vient de reconstituer cette expérience. Sur 80 volontaires - qui n'ont été ni drogués ni hypnotisés - une majorité a infligé ce qu'elle croyait être de vraies décharges électriques de 480 volts à des comparses de l'émission.

D'où nous vient ce préjugé que l'obéissance est une vertu ? A qui et à quoi profite-t-il ?

http://www.psychomedia.qc.ca/pn/modules.php?name=News&fil...

21.04.2009

L'Iraq, Monsanto et les autres

Je ne fais pas de commentaires, je vous laisse lire:
http://internationalnews.over-blog.com/article-30407513.h...

Georges-Bernard Shaw

« Nous avons besoin aujourd’hui de quelques fous. Regardez où les gens sains d’esprit nous ont amenés ».

14.04.2009

Un coup de gueule que je vous recommande

http://michelgutsatz.typepad.com/brandwatch/2009/04/quand...

07.04.2009

Nom de code : H. R. 875 Profession: tueur

Voilà qu’au pays de la liberté – celui de Barak Obama – une nouvelle loi au nom de robot de dessin animé – H.R. 875 – sera bientôt soumise au Législateur. Elle ne vise rien de moins qu’à tuer les productions jardinières, fussent-elles non-marchandes, en les soumettant à des contrôles financièrement écrasants si elles n’utilisent pas les semences industrielles. Bien entendu, ce projet de loi s’habille de vertu, arguant de la nécessité de protéger la santé des citoyens. Nous sommes bien aise qu’on reconnaisse à la santé le droit de vivre surtout dans un pays où le pourcentage d’obèses est respectable et le système de santé bien mal en point.

Cette affaire du H.R. 875 n’est rien d’autre qu’un avatar à grande échelle de l’imposture emblématique du lait maternisé dans certaines régions d’Afrique. La multinationale que Ziegler surnomme « la pieuvre de Vevey » s’est ouvert un nouveau marché en convainquant des Africaines de la supériorité du lait de ses usines sur celui que produit leur corps de femme. Quelques organismes internationaux, en toute innocence, ont sans doute aidé à la chose en finançant des campagnes d’information sanitaire et en subventionnant la marchandise. Du coup, les jeunes mères nourrissent leurs bébés de granules de lait « maternisé »... qu’elles mélangent à la seule eau disponible qui est croupie...

Il faut voir qui, à coup de lobbying et de dollars, préconise le totalitaire H.R. 875. On y retrouve évidemment le groupe des usual suspects, comme par hasard les grosses capitalisations boursières de la planète. Au sein de cette bande, on reconnaît aisément celui qui a inventé d’introduire la mort dans le cycle de la vie et d’intervenir pour écarter la concurrence que la Nature fait à ses laboratoires. Je veux parler de celui qui a imaginé les semences stériles et qui vise à s’asservir ainsi le monde agricole.

Le moment n’est pas neutre pour pousser le projet de loi H.R. 875. D’une part, la population des « localvores » - ceux qui veulent consommer des produits de proximité - se développe parmi les Américains. D’autre part et surtout, si certains scénarios économiques se réalisent, les Etats-Unis pourraient entrer bientôt dans une récession profonde, avec une accumulation de millions de sans-travail et une décroissance forcée. La survie dans un tel contexte, est de revenir à des économies de proximité pour y trouver la subsistance minimale. On peut imaginer que de grandes exploitations décident de réduire un peu la surface de leurs monocultures pour produire des légumes, et les particuliers qui ont un peu de terrain d’en cultiver quelques rangées pour eux-mêmes et leur famille. Voilà de nouveaux flux financiers qui ne doivent pas échapper à la rapacité des firmes!

D’un point de vue très égoïste, ce qui me tracasse le plus c’est la tendance des législations américaines à traverser l’Atlantique et, poussées par le souffle de l’OMC et attirées par la réceptivité aveugle de nos eurocrates et autres américanolâtres, à contaminer notre propre règlementation. Et, je l’avoue, là, j’éprouve un dramatique sentiment d’impuissance. Que faut-il faire ?

06.04.2009

American beauty

Avec 663 000 licenciements en mars, c'est à plus de 5 millions que s'élève maintenant le nombre d'emplois supprimés par les entreprises aux Etats-Unis. Si l'on compte sur la consommation des ménages américains comme moteur de la reprise, on est peut-être mal parti...

Difficile de vendre des biens et des services à des gens qui n'ont plus de revenus! Telle est la quadrature du cercle dans laquelle s'est enfermé un capitalisme trop rapace: dans un monde fini, combiner des travailleurs bon marché et des consommateurs généreux. Nous sommes loin des principes de M. Ford pour qui l'objectif était de rendre ses ouvriers capables d'acheter les voitures qu'ils construisaient.

Rappelons que le crédit s'est substitué au cours de ces dernières années aux ajustements insuffisants de la masse salariale et que c'est une des raisons de la panade où nous sommes. C'est dommage, car la solution était ingénieuse: les usines économisaient sur les salaires tout en procurant une activité de masse aux banques! A quelque chose près le même mécanisme par lequel en nourrissant les gens de junk food on développe le marché des salles de fitness, des produits amincissants, des psychologues et autres coaches en diététique!

Oui, vraiment ingénieux le Système! Dommage que, de temps en temps, il y ait des ratées!

05.04.2009

Parallèles

Mon bon vieux copain Jean-Marie me donne à lire un opuscule qu’il a rédigé sur l’affaire des cathares en Agenais. Certains d’entre mes lecteurs se souviendront peut-être comme moi de la mémorable émission de Stellio Lorenzi, « La camera explore le temps » qui, en quarante avant la Star'Ac, fit découvrir à des millions de téléspectateurs ce drame des XIIème et XIIIème siècles qu’occultait jusque là l’histoire officielle.

A lire le document de mon hérétique agenais, je ne puis m’empêcher de faire des parallèles - un peu osés j’en conviens - avec ce que nous avons sous les yeux. A l’époque des faits, comme on dit dans les enquêtes policières, l’Eglise est une institution incontournable. Sa légitimité dépasse de cent coudées celle des autres structures politiques ou sociales. Elle est tout simplement détentrice et garante de La vérité. Elle a la haute main sur tout, y compris sur les rois et les seigneurs qu’elle peut excommunier. A l'époque, l'athéisme n'existe pas encore. Cependant, les représentants du Christ se font remarquer par leur déliquescence : exactions, prévarications, dissolution des mœurs. Le bon peuple en est à ce point affecté qu’il déserte les offices, d’autant que sont apparus des « bonshommes » dont la vie exemplairement évangélique rend encore plus insupportable l’inconduite des clercs. Je veux bien sûr parler des cathares. L’Eglise va réagir en rappelant d’abord à l’ordre ses représentants. Puis, réaffirmant le dogme, elle dessinera par là-même les contours de l’hérésie, ce qui va lui permettre de judiciariser et de pénaliser le catharisme pour en faire rechercher les fidèles, les interpeler, les conduire devant les tribunaux, les convaincre de crime et les exécuter. Elle va le faire au nom de sa doctrine qui - je vous le rappelle car, dans de telles circonstances, on pourrait l’oublier – est le message d’amour d’un supplicié.

Certes, aujourd’hui, le paysage est moins spectaculairement dramatique. Pour autant, on peut repérer une sorte d’isomorphisme. Nous avons un capitalisme financier qui a convaincu à peu près la Terre entière non seulement qu’il est à la source du progrès et du bonheur des peuples, mais que sa représentation du monde et de la vie est la seule qu’un esprit rationnel peut admettre. Il a ses rites, ses enfants de chœur, ses grands-messes et ses prélats, et comme ses prétentions à incarner le bien résistent à la preuve du contraire, vous serez d’accord qu’on est devant une sorte de religion. La plupart des chefs d’Etat, comme les successeurs de Théodose, ont adopté les croyances proposées - l’idéologie économique et le pouvoir de ses clercs. Gare à eux s’ils sont relaps ! Souvenez-vous du malheureux Allende ou des mésaventures cruelles des PVD face au FMI et à sa doctrine. Les pays sont ainsi à la merci ou à la remorque des décisions d’une poignée de ploutocrates mondiaux et de leurs missi dominici, de même que les Européens du moyen-âge l’étaient des bulles vaticanes et des initiatives des évêques. Survient la crise que nous vivons, épicée de quelques exactions que le bon peuple finit par juger scandaleuses – bonus, primes, abus de biens sociaux, malhonnêtetés punissables ou non – et le Système – à l’instar de l’Eglise du temps des cathares – affiche alors avec conviction sa volonté de se réformer. On va « réguler » le système monétaire, on va « encadrer » les rémunérations des dirigeants, etc.

Mais, depuis un certain temps, les fidèles – qu’on appelle aujourd’hui les consommateurs – sont tentés par d’autres rites, d’autres croyances, d’autres représentations du monde que ceux proposés par le Système. D’abord, ils ne croient plus tellement que celui-ci leur veuille autant de bien qu’il le prétend. Ils commencent à fréquenter le bio, à caresser un idéal de simplicité, de respect de la nature. Ce n’est pas que, au nom de la santé des corps - puisque le commerce des âmes a tiré le rideau – le Système n’ait multiplié les normes définissant du même coup en creux ce qui constitue une des hérésies modernes. Mais, justement, c’est là qu’on retrouve la contradiction fondamentale de l'Eglise. Au nom de l’hygiène canonique, le Système interdit de commercer d’innocentes productions artisanales issues du fond des âges – le purin d’ortie, certains fromages, etc. – alors qu’il autorise la vente du tabac avec la mention « fumer tue ». Au même moment, il disqualifie l’allaitement maternel et encourage des femmes - qui n’ont que de l’eau croupie à mettre dans leurs biberons - à substituer du lait en poudre à celui de leurs seins avec les conséquences qu'on imagine. Par l’intermédiaire de ses apôtres – les marketers – ce même Système stimule dans le monde entier un style de malbouffe, de mal-vivre et de mal-produire qui, il est vrai, accroît en aval le marché de la médecine curative. Et ses évêques – je veux dire ses CEO – détruisent de l’emploi, mais en invoquant les conditions du salut: la concurrence qui profite aux fidèles.

Cette contradiction entre des valeurs prônées de manière coercitive et les résultats qu’elles engendrent dans notre vie ne trouble pas plus les serviteurs du Système que l’éradication de l’hérésie par le fer et le feu au nom d’un Dieu d’amour ne troublait nos ecclésiastiques du Sud-ouest. La question que je me pose : allons-nous en rester au stade du « totalitarisme doux » comme l’écrivait je ne sais plus qui, ou, pour se maintenir et reprendre son développement, le Système risque-t-il un jour de passer à des régimes plus violents ?

Silence pyramidal

Cela se passe dans l’une des unités d’une grande entreprise. L’un des collaborateurs a remarqué une innovation qui, bien qu’elle implique une technologie très différente de celle exploitée par son employeur, pourrait selon lui fortement impacter le marché. Il en parle avec conviction à son hiérarchique qui hausse le sourcil, quelque peu sceptique. Le collaborateur voudrait que l’on fasse remonter cette observation jusqu’au sommet. « Ecoutez, Paul, je vous remercie de m’avoir communiqué cette information. Je vais voir ce que je peux en faire. Cela dit, vous imaginez bien que, là haut, ils l’ont sûrement déjà repérée et sans doute avant vous ». Paul s’agite, argue de ce qu’aucune mention n’en a été faite à sa connaissance. Le hiérarchique commence à s’impatienter, de ses doigts il tapote son bureau. « Paul, je vous ai dit que je verrais quoi en faire. C’est très bien de votre part de nous avoir alertés. Maintenant, vous êtes payé en tant que vendeur, ne l’oubliez pas. Retournez à vos clients. Chacun son métier. »

Cependant, plus haut dans la pyramide, une autre personne a fait la même observation. Celle-là a accès à certains membres du comité de direction. Elle choisit celui qui lui semble le plus disponible et lui expose ce qu’elle a appris et les conséquences possibles : une rupture technologique qui pourrait balayer le métier sur lequel leur entreprise a fondé sa réputation et sa richesse. Son interlocuteur l’écoute attentivement en hochant la tête. « C’est saisissant ce que vous venez de me dire. Effectivement, on peut imaginer qu’il y ait un danger même s’il n’est pas aussi imminent que vous semblez l’estimer. Cela dit, vous vous doutez bien que Big Boss n’aura pas manqué de le repérer et qu'il prépare la réplique s'il juge pertinent de le faire. Vous le connaissez, il est au courant de tout et c'est un grand stratège. » Et comme l’autre lui demande ce qu’il va faire : « Je vais voir. Je vous tiendrai au courant. »

Plus tard, on se rendra compte que ces deux-là n’avaient pas été les seuls à remarquer la menace. La plupart, cependant, quels que fussent leurs niveaux hiérarchiques, s’étaient tus, convaincus que le chef était déjà au courant, ou qu’on ne les entendrait pas, ou qu'ils se feraient rabrouer et que cela leur vaudrait une réputation de songe-creux. Quelques-uns de ceux qui, naïvement, avaient tenté d’en parler s’étaient vu renvoyer à la niche par leur supérieur. Pour être juste, nous devons pourtant préciser qu’un membre du comité exécutif envisagea un jour de mettre la question sur la table du conseil d’administration. Se représenta alors à son esprit une scène qu’il avait vécue quelques années auparavant. Un jour, à la réunion du lundi, une jeune directeur nouvellement admis au comité avait évoqué la possibilité d’une évolution de la demande différente de celle sur laquelle s’appuyait le tout récent « plan à moyen terme » de la compagnie. Big Boss avait instantanément explosé et fait rentrer l'impudent sous terre. Personne n’avait manifesté le moindre soutien au malheureux. Certains avaient ricané servilement. Depuis, il était clair qu’ « on n’était pas payé pour se masturber la cervelle mais pour mettre en œuvre ce qui avait été décidé ». Le membre du comex, pour autant, pesa le pour et le contre avant d’opter finalement pour le silence. On ignore si Big Boss eu l'information tant qu'il était temps. Mais l’eût-il entendue ? Deux ou trois ans plus tard, la technologie venue d’ailleurs mit la compagnie sur le flanc. Elle ne s'en est jamais remise.

Derrière cette fable, vous pouvez imaginer qui vous voulez. Il peut s’agir du fabricant de bougie qui n’a pas vu venir la lampe à gaz ou l’ampoule à incandescence, ou de Kodak qui a nié l’impact qu’aurait sur ses marchés l’apparition de la photo numérique. Dans ces deux cas, les dirigeants ont balayé la menace d'un revers de main, arguant de la qualité à laquelle leur clientèle était attachée. Les exemples d’aveuglement de cet ordre sont nombreux. Mais ce n’est pas l’aveuglement que je veux pointer ici, c’est le silence et ses causes. Fabienne Verdier, dans son beau livre « La passagère du silence » raconte les années qu’elle a passées dans la Chine de Mao où elle apprenait la calligraphie traditionnelle. «Plus efficace que la censure, constate-t-elle, était l’autocensure». Je vous laisse spéculer sur l'origine de l'autocensure et sur le maoïsme d'entreprise.

04.04.2009

Pour un collectage des savoir-faire menacés

J'ai parfois l'esprit de l'escalier (voir ma chronique précédente). Je viens seulement de réaliser que nous n'avons pas seulement perdu une centaine de variétés de fromages: nous sommes en train de perdre irrémédiablement une centaine de façons différentes de faire du fromage! Autrement dit une centaine de façons de créer des saveurs. Et soudain je me dis que cette perte de savoir-faire, que les tâtonnements d'humbles générations au long des siècles nous avaient permis de produire, affecte sûrement bien d'autres domaines. Alors, même si une législation au front de taureau nous interdit d'en user et faire commerce, au moins recensons-les, ces domaines, consignons-les aussi précisément que possible ces savoir-faire, et léguons-les aux générations futures pour qu'elles aient une chance de pouvoir en faire quelque chose!

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