29.03.2009
Catalyse
Ceux qui attendent quelque chose du G20 sont trop prisonniers de l’image qu’ils se font du pouvoir et de ceux qu’on est convenu d’appeler les «décideurs». Ce n’est pas qu’il faille jeter la pierre à ces derniers. Certes, il y a la manière dont ils se représentent le monde qui limite les solutions qu’ils sont capables de concevoir et de vouloir. Mais il y a aussi tous ceux dont dépend l’exercice qu'ils peuvent faire de leur pouvoir et qui, une fois l’élection passée, ne sont pas ceux qui les ont élus mais ceux qui leur ont permis de se faire élire. Ces derniers, à moins que la peur d’une apocalypse les ait suffisamment gagnés, changent difficilement de cap. On les a vus mendier l’argent des Etats pour en redistribuer une partie à leurs affidés : c’est dire à quel point, chez ceux-là, les réflexes reptiliens prennent encore le cortex de vitesse !
En fait, les « décideurs » sont au milieu de rapports de force qui, à moins d’une habileté suprême ou de circonstances extraordinaires, réduisent encore la marge de manœuvre déjà étroite que leur laisse leurs représentations des problèmes. Je pense à Philippe Pétain, pourtant vainqueur de la Grande Guerre, qui en 1940 ne vit pour issue que la capitulation. Il fallait la folie d’un de Gaulle pour voir dans le paysage de la débâcle les germes d’un redressement. Ou, plutôt, pour regarder au-delà de la débâcle et voir le jeu plus vaste où puiser de nouvelles ressources. Pour autant, il eut la partie dure avec les Alliés qui auraient bien profité de l’abaissement de la France pour en faire une nouvelle colonie anglo-saxonne. Et c’est bien là l’ambiguïté de ces rapprochements entre grands de ce monde : la main tendue peut faire oublier l’autre qui serre toujours le manche d’un couteau.
Alors, à moins que la panique soit telle – mais je ne le crois pas, pas encore – que les participants en arrivent à tenir en laisse les égoïsmes nationaux en même temps que les appétits de ceux qui leur ont permis d’être là où ils sont, le G20 sera une partie de poker menteur où chacun cherchera d’abord à marquer des points sur les autres. L’archange Obama n’échappera pas à la règle du jeu, dont le pays chancelle au bord de la cessation de paiement et compte en outre les intérêts privés les plus puissants du monde.
Mais alors, allez-vous me dire, le destin de la planète est entre les mains de puissances financières que rien ne semble pouvoir atteindre ? Il est vrai que tout se passe comme si l’histoire de ces dernières années avait été celle d’une captation inexorable des flux financiers en même temps que de la propagation d’un imaginaire – la mondialisation – et d’une idéologie – la libéralisation - au profit d’un tel pouvoir. Un système mêlant la stratégie de Louis XI – surnommé en son temps « l’universelle araigne » - et celle du Roi Soleil qui, épuisa financièrement une noblesse convaincue qu’il n’y avait de salut qu’à la cour de Versailles. La suite de cette histoire, on la connaît : c’est la France d’en bas qui trinque pour permettre à celle d’en haut de garder pignon sur rue. Mais une disette de trop, la marmite explose et l’impossible se produit : la tête du monarque – pas le plus méchant, mais l’Histoire est ainsi – tombe dans le panier de la guillotine. Et le régime politique de la France change si radicalement que deux Empires ne l’empêcheront pas de se réinstaller.
Si l’on transpose aux temps que nous vivons, qu’est-ce que ces évènements vieux de plusieurs siècles peuvent nous aider à concevoir ? Que la Révolution a été le résultat d’une combinaison de facteurs au sein desquels les êtres humains n’avaient même pas un projet révolutionnaire et qui a pourtant emporté ceux qui se croyaient le plus solidement établis. Il y avait la lassitude de la France d’en bas, lasse de payer pour que la France d’en haut se la joue. Il y avait les masturbations intellectuelles de quelques farfelus qui pensaient qu’on peut libérer le savoir de ceux qui le détiennent et aller vers de nouvelles formes politiques dépourvues d’oppression. Il y avait ces innombrables clubs et chapelles où les gens échangeaient ces idées sans se douter qu’ils contribuaient ainsi à fissurer le monolithisme de pensée qui tenait en fait la pyramide du pouvoir. Puis il y a eu, car il en faut, une succession d’évènements déclencheurs. Ne serions-nous pas dans une période prérévolutionnaire ?
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15.03.2009
Dangereuse naïveté
Dans le film « La vie est belle », un couple et son enfant se retrouvent dans l’horreur d’un camp de concentration. Le père, qui veut protéger son fils de la terreur et lui donner une chance de survivre, lui fait croire qu’il s’agit d’un jeu pour gagner un char d’assaut. L'histoire est déchirante. Dans un autre film, « The Village », à une époque qui fait penser au XIXème siècle, une communauté vit retranchée du monde. Des créatures aussi mystérieuses que terrifiantes peuplent la forêt qui encercle le village, empêchant toute sortie. On découvrira finalement qu’il s’agit de gens qui se sont volontairement coupés du monde moderne après que des êtres chers y aient été victimes de la violence. Les créatures de la forêt ne sont qu’un mythe forgé par les fondateurs de la communauté afin de protéger leurs descendants du danger que représenterait un retour à la société extérieure.
Vivre prisonnier de la peur est terrible. Mais, quand on est un adulte, vivre dans un monde de guimauve est une détestable démission. Au rang des molles illusions que nous devons avoir le courage de refuser, je mettrai celle du « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ». Certes, c’est un présupposé qui a pris un coup ces derniers temps et les sociologues nous disent à quel point la confiance dans tout ce qui est «gros», institutionnel, puissant, a été ébranlée. Cependant, je repère encore beaucoup de crédulité dès que l’on évoque tel ou tel histrion dont nous avons fait un héros. S’il est besoin d’un coup de karcher c’est peut-être bien à la niaiserie qui voile notre regard qu’il faut le donner.
Ces dernières semaines, la presse ou l’Internet se sont faits l’écho de nombre d’impostures. Entre les pièces jaunes qui financeraient de dispendieux déplacements, les vedettes qui se font grassement payer pour montrer leur grand cœur dans des émissions humanitaires ou écologistes, les lampes basse tension du Grenelle de l’environnement dont l’analyse de cycle de vie révèle qu’elles sont une fausse bonne solution, les directives européennes qui sont davantage inspirées par les multinationales que par le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les banques à papa qui ont des pied-à-terre dans les paradis fiscaux - et sans oublier la forfaiture de certains laboratoires pharmaceutiques - il y a de quoi descendre dans la rue. On peut aussi rajouter à la collection la poignée de « Nobel » qui, réunie la semaine dernière à Cuba, prônait une monnaie unique mondiale pour sortir de la crise : ultime mirage du monothéisme, Gribouille qui se jette à l’eau pour ne pas se mouiller - ou oreille du loup qui pointe sous le bonnet de Mère-Grand ?
Vient s’ajouter aujourd’hui à cet inventaire ce qui, à vrai dire, n’est plus qu’une peccadille : American International Group, première compagnie d’assurance des Etats-Unis qui, à l’automne 2008, a reçu de l’Etat américain un secours de 170 milliards de dollars, a l’intention de verser une prime de 165 millions de dollars aux dirigeants dont les décisions l’avaient conduite au bord du trou ! Encore, ceux-là, avions-nous enfin compris qu’ils étaient des requins !
Mais combien de nos semblables avons-nous érigés en idoles - à cause de leur culot ou de leurs talents d’illusionniste, parce qu’ils courent plus vite que d’autres ou qu’ils savent gagner plus d’argent que nous n’en aurons jamais, ou parce qu’ils manipulent des chiffres qui dépassent notre entendement ordinaire ? Combien de discours avons-nous crus, à commencer par « le consommateur au cœur de l’entreprise » et jusqu’aux promesses de droite ou de gauche que, malgré le service de la dette, malgré les factures écologiques, énergétiques, climatiques et démographiques, le pouvoir d’achat augmenterait ? Combien de fois avons-nous prêté des sentiments nobles ou généreux à des individus que nous ne connaissons que par écran interposé et qui s’engraissent de notre naïveté ?
Tirons l’échelle ! Ces condottiere de l’industrie, ces « people » de la politique, du sport ou du spectacle, cessons une fois pour toute de leur accorder notre intérêt. Nous ne connaissons d’eux que l’image qu’ils ont les moyens de nous projeter. Ils ont l’argent, le pouvoir et le monde entier ou presque connaît leur nom: n’y ajoutons pas notre admiration. C’est rien de moins que la démocratie qui est à ce prix. Protégeons notre lucidité même si cela doit nous faire sortir du monde des bisounours !
18:52 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : économie, crise, cadre de pensée, idéologie
09.03.2009
Sans commentaire
Au cours de ces derniers mois, les ventes d'armes à feu ont explosé aux Etats-Unis. "Avec la récession, les faillites, le chômage, la criminalité augmente. Avant, les jeunes volaient pour acheter de la drogue, mais aujourd'hui les familles volent pour manger. Nous devons nous armer pour protéger notre foyer." Citation extraite d'un article d'Yves Eudes, envoyé spécial, Le Monde daté du 10 mars 2009.
Déclaration de Warren Buffet en 2006: « Oui, il y existe bien une lutte des classes mais c’est ma propre classe, celle des riches, qui la mène et nous sommes en train de l’emporter ». Le New York Times cité par Paul Jorion sur son blog: http://www.pauljorion.com/blog/
"L'archevêque de Recife (Brésil) a excommunié la mère d'une enfant de neuf ans ayant avorté de jumeaux conçus à la suite d'un viol, ainsi que toute l'équipe médicale." Au nom de l'Amour sans doute, comme toutes les victimes de l'Inquisition ?
21:34 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise, violence, etats-unis, armes
08.03.2009
Cassandre II, le retour
J’ai plusieurs fois constaté que l’imagination des écrivains taille des croupières aux prospectivistes professionnels. C’est sans doute que l’inspiration romanesque, se passant du souci de vraisemblance, se libère du corset de la rationalité et peut rivaliser avec la réalité, toujours plus féconde que la pensée ordinaire. Pour s’en convaincre, il suffit de rappeler Cyrano de Bergerac (1619-1655) qui, dans son roman L’Autre monde, décrit avec précision un poste de radio.
Prenez Bienvenue à Gattaca, ce film sorti en 1997. Qui aurait pensé, il y a douze ans, que la question de l’eugénisme était autre chose qu’une folie totalitaire ou un sujet de science-fiction ? Pourtant, le seul fait d’avoir désormais accès au patrimoine génétique d’un individu et de pouvoir ainsi prédire les maladies dont il sera atteint place les gestionnaires des compagnies d’assurance dans une position délicate. Doit-on faire abstraction de l'accessibilité de cette connaissance dans l’établissement des tarifs ? Si vous ajoutez à cela qu’une intervention sur le génome permet aux parents volontaires d’éliminer chez leur progéniture les déficiences détectées, vous avez mis le pied à Gattaca. Quelle compagnie d’assurance va-t-elle assurer au même prix l’enfant né d’un processus naturel et celui qui aura bénéficié de l’intervention des laboratoires ? « Désolé, Madame, Monsieur, vous avez refusé les secours de la science, votre bébé ne présente pas assez de garanties pour nous. Dans soixante-dix ans il sera sujet à l'hydropisie. Nous sommes bien sûr prêts à l’assurer mais, compte tenu de son handicap génétique, il vous en coûtera un malus de 300 % ».
Sur cette lancée, je vous invite à revoir le deuxième volet de la trilogie Highlander. La destruction de la couche d’ozone par les activités humaines a exposé la Terre aux mortelles radiations solaires. Jusque là, rien de surréaliste. Heureusement, l’immortel Connor McLoed a conçu un immense bouclier magnétique qui enveloppe la planète et permet ainsi à la vie d’y perdurer. Cela ne va pas sans quelques inconvénients: sous le couvercle la lumière est chiche, l’atmosphère glauque, la maintenance du dispositif ruine les Etats et les individus, et le moral des humains s’en ressent. Un jour cependant le héros découvre que la couche d’ozone s’est reconstituée depuis longtemps et que le maintien coûteux du bouclier ne sert que les intérêts de la multinationale qui en assure l’entretien.
Cet épisode d’Highlander m’a fait penser au réchauffement climatique. L’unanimité est faite à peu près partout: la Terre se réchauffe, la preuve en est ces malheureux ours polaires à la dérive sur des morceaux de banquise. Avec son film Une vérité qui dérange, son prestige d’ancien vice-président et le talent qu’on lui sait, Al Gore a fait partout une campagne efficace. On en a oublié que le sujet ne fait pas l’unanimité des milieux scientifiques. Il est en effet des esprits qui osent encore penser – et ils ne manquent pas d’arguments - que nous sommes plutôt entrés dans une période de refroidissement. Une de ces périodes comme nous en avons déjà connu dans un passé relativement récent – les mini-glaciations des XIIIème et XIVème siècles. Les signes de réchauffement nous abusent, ils seraient le produit de causes omises ou sous-estimées dans les calculs : par exemple le rejet des eaux d’irrigation contribue à l’élévation de la température et de niveau de l’océan. Bref, pour qui voudrait réfléchir, ce serait l'heure de Descartes, celle du doute de principe.
Que la réalité d’une menace soit difficile à évaluer, cela fait partie de notre monde et de la condition humaine. Mais si ce péril fait déjà tourner les compteurs et les tiroirs-caisses de ceux qui l’annoncent, on est en droit de se méfier. Cassandre ne gagnait rien à annoncer la ruine de Troie. En revanche, les fabricants d’armes ont toujours aimé que les peuples rêvent de guerre. Si vous avez la curiosité de regarder un peu où les prophètes friqués du réchauffement climatique ont placé leurs billes, vous vous rendrez compte qu’ils ont fait comme les actionnaires de Connor MacLeod: dans des sociétés qui s’apprêtent à nous protéger du réchauffement.
Parmi les romans selon moi les plus invraisemblables, il y avait L’île du Docteur Moreau d’Herbert George Wells (1866-1946): le Dr Moreau est un émule du Dr Frankenstein, mais il ne se contente pas d’assembler des morceaux d’êtres humains, il y mêle des membres d’animaux. Rêverie morbide d’un écrivain en mal d’inspiration ? En Grande-Bretagne, le pays de Wells, le Législateur a récemment autorisé les chercheurs à réaliser des « chimères » en combinant des ADN humains et animaux. Bien sûr, celles-ci doivent être détruites avant d’avoir dépassé l’âge de quelques semaines. Je parie une caisse de Dom Pérignon qu’un de nos apprentis sorciers, discrètement encouragé par quelques sponsors, décidera un jour d’en laisser grandir quelques-unes, histoire de voir...
Les romans nous parlent de ce qu’il y a aux tréfonds de notre âme. Ils sont visionnaires en ce qu’ils nous livrent ce qui, parfois à notre insu, nous fait courir. Bienvenue dans le laboratoire du Dr Mabuse!
09:47 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : réchauffement, écologie, économie, capitalisme, prospective, science-fiction
01.03.2009
Pourquoi n'entendons-nous jamais Cassandre ?
C’est Eschyle – et non Homère – qui, dans sa pièce Agamemnon, fait de Cassandre la prophétesse désespérée que personne ne croit. Cassandre annonce la ruine de Troie et les évènements lui donneront raison. Tout au long de l’Histoire, le scénario qu’a perçu et mis en scène le génial dramaturge se répètera au point de devenir archétypal : toujours il y a quelqu’un pour avertir des menaces qui pèsent sur la cité et personne pour l’entendre. Pour ne pas nous éloigner de la situation que nous vivons, je me contenterai de citer, entre autres Cassandre, Bernard Lietaer et Paul Jorion qui tous deux ont vu venir – et de loin - le cataclysme financier, en ont expliqué les causes et l’ont écrit. Ce n’est pas qu’ils aient été contredits, c’est qu’ils n’ont tout simplement pas été entendus. Je rappelle souvent dans mes séminaires l’exemple de Peter Wack qui, à la fin des années 60, à la Shell, produisit un scénario où les pays producteurs d’hydrocarbures remettaient la main sur leurs gisements, hypothèse dont tout le monde se gaussa - jusqu’au mois de novembre 1973 où nous connûmes le premier choc pétrolier. Ensuite, bien sûr, innombrables furent ceux qui expliquèrent ce qui s’était passé et on en oublia qu’à part quelques farfelus personne pourtant ne l’avait vu venir!
Le seul fait d’avoir envisagé ce scénario, fût-ce sans y croire beaucoup, permit cependant à la Shell de réagir plus rapidement que ses concurrentes lorsque survint l’évènement imaginé: si l’annonce d’une épreuve possible ne permet pas forcément de la conjurer, au moins nous donne-t-elle une chance de mieux tirer notre épingle du jeu. C’est pourquoi, à lire les réactions des lecteurs du journal Le Monde à la divulgation d’un scénario établi par le LEAP, je suis empli de consternation. Voilà un groupe de prospectivistes qui pense que l’avenir immédiat n’est pas rose et nous en avertit. Selon lui, le cataclysme financier va durement impacter l’économie réelle. Jusque là, je ne vois que du bon sens. Avec 500 à 600 000 suppressions d’emplois chaque mois rien qu’aux Etats-Unis, la consommation ne pourra qu’y décroître et comme l’économie mondiale est à la remorque d'un consommateur américain devenu insolvable et que le réflexe purement financier des entreprises est de licencier pour protéger leurs actionnaires, le château de cartes économique et social, de proche en proche, va s’effondrer. Déjà, la Chine et d’autres pays n’envisagent-ils pas un autre mode de croissance que l’exportation ? Or, si l’économie réelle est à ce point affectée, si le chômage augmente, si les dispositifs de solidarité périclitent faute de moyens, si les importations des économies émergentes ne nous permettent plus de maintenir artificiellement notre pouvoir d’achat, si les Etats, déjà surendettés, à vouloir assister le système financier sont entraînés par le fond, que va-t-il arriver ?
Le LEAP en arrive à la conclusion que des troubles sociaux se produiront, plus ou moins graves selon les pays et aggravés par l’impuissance financière des Etats à soutenir leurs administrés. Les approvisionnements de denrées essentielles pourront alors connaître des ruptures – le monde de la grande distribution est tout sauf philanthrope quand son ratio de rentabilité est concerné – et ce d’autant qu’avec la mondialisation aucun pays ne jouit plus de l'autosuffisance alimentaire et qu’il faudra du temps, même sur un territoire bien doté comme celui de la France, pour la restaurer. Dès lors, tout est possible : accroissement des larcins, développement du pillage, enchaînement diabolique de répressions et de violences. On a vu au cours de l’Histoire le rôle qu'ont joué les disettes dans la chute des gouvernements, la généralisation de l’état de fait et, parfois, l'apparition de régimes brutaux. Ce n'est pas parce qu'on espère un pareil scénario qu'on en reconnaît le caractère plausible.
C’est alors qu’interviennent ceux que Cassandre dérange. L’un, qui manque de perspectives historiques, rappelle doctement que le Club de Rome s’est trompé : il avait annoncé le pic pétrolier pour l’an 2000 ! L’autre livre de source sûre que Cassandre cherche à se faire de la publicité en vue des élections. Un troisième témoigne du fait que, dans son quartier, l’ail d’Argentine et les courgettes du Maroc répondent toujours présent à l’appel. Tous ou presque réagissent comme si on leur voulait du mal. Un de mes amis, spécialiste du renseignement économique, a étudié l’histoire du Titanic. Il a trouvé une information selon laquelle, lorsque lui fut remise la dépêche annonçant qu’il y avait un iceberg sur sa route, le capitaine, occupé à jouir de sa gloriole auprès de ses passagers les plus huppés, l’a fourrée dans sa poche sans la lire. La leçon de cette histoire c’est peut-être que le réalisme - que notre époque cependant ne cesse d'invoquer - ne l’emporte pas sur notre désir de jouir en paix de nos menus plaisirs et de la représentation du monde qui va avec. C’est ainsi qu’à la saison des amours les chats aveuglés par la testostérone se font écraser en traversant la route.
15:15 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : économie, prospective, développement personnel

