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12/06/2014

Conspirateurs malgré eux ? (1)

 

 

 

Sous la plume ou dans la bouche de certains, le terme « théorie du complot » est devenu un anathème qui disqualifie toute tentative d’expliquer les évènements que nous subissons comme le résultat d’une intention ou d’un plan que déploierait de plus ou moins longue main une organisation cachée. Cet anathème, comme d’autres d’ailleurs, a sinon pour objectif mais au moins pour effet de cloîtrer la spéculation intellectuelle dans des cadres politiquement corrects. Même si la théorie du complot - mais encore faudrait-il expliciter de quoi l’on parle - a assez peu ma faveur, je me méfie des anathèmes. L’Histoire a trop souvent manifesté que pouvait surgir inopinément ce que les hommes avaient jusque là cru impossible pour qu’on n’évacue pas par principe une hypothèse. Surtout si elle invite à regarder ce qui se passe avec un peu plus d’imagination qu’une analyse comptable.  

 

D’abord, qu’entend-on au juste par « théorie du complot » ? Des choses différentes voire contradictoires et c’est pourquoi il est facile de jeter l’enfant avec l’eau du bain, sans parler des caricatures que l’on peut en faire. Pour les uns, il s’agirait d’une organisation occulte qui, depuis des siècles, se transmettrait le pouvoir d’influer sur les affaires du monde. Pour d’autres, il s’agit de cette caste singulière - mélangeant la ploutocratie et ses valets - qui se rassemble chaque année à Bilderberg ou à Davos. Pour d’autres encore, qu’a inspirés la série X Files, le complot est le fait du complexe militaro-industriel américain. Vous trouverez aussi ceux qui supputent une conspiration mondiale des Juifs, des francs-maçons, de l’Islam, des Chinois, de Monsanto, des banquiers ou des Jésuites. Bien évidemment, je n’ai évoqué que quelques-uns des « usual suspects ». L’idée générale que l’on peut retenir de ce tableau à la Dubout est qu’il y aurait à l’oeuvre, au niveau planétaire, des pouvoirs illégitimes, et que ceux-ci, animés d’intentions malhonnêtes, agissent dans l’ombre. Leur ambition centrale serait de s’assurer - s’ils ne l’ont déjà fait - la gestion de la planète et, en passant, la domination de l’humanité. 

 

Je ne crois pas à une sorte de conseil d’administration secret des affaires terrestres. En revanche, qu’il y ait des groupes d’intérêts qui s’efforcent plus ou moins honnêtement d’influencer le cours des choses à leur bénéfice, cela ne fait pour moi aucun doute. Mais les sources de pouvoir sont diverses, les intérêts des uns et des autres plus souvent antagonistes que convergents, et l’ensemble que cela forme est bien trop disharmonieux, dessine une ligne bien trop erratique pour révéler l’action d’une main invisible unique et toute-puissante. Du moins - j’y reviendrai - dans une vision de long terme. Mon hypothèse préférée est que, du fait des interactions aussi inévitables que souvent aléatoires au sein de ces pouvoirs et de ces intérêts, nous pouvons avoir - par ce que l’on appelle un processus d’émergence - tous les effets d’une conspiration, et cela sans qu’il y ait un véritable tireur de ficelles caché dans la caisse à guignols. Lorsque Gavrilo Princip assassine le 28 juin 1914 l’archiduc d’Autriche et son épouse, croyez-vous que son objectif - et celui du groupe Jeune Bosnie auquel il appartient - est de déclencher une guerre mondiale ? Croyez-vous qu’il ait été manipulé par quelque entité occulte qui voyait là le moyen d’enclencher des hostilités planétaires ? Sans doute, si l’on fait la cartographie des acteurs en présence, en trouvera-t-on beaucoup pour qui la guerre serait une aubaine: l’occasion de régler un conflit, de reprendre un bout de territoire ou de s’enrichir. Mais la tourmente enclenchée par un attentat est bien davantage de l’ordre d’un Mikado d’intérêts égoïstes et cyniques qui s’enchevêtrent que du projet d’une communauté occulte. Tout, en réalité, peut se passer comme s’il y avait un dessein commun sans même que soient alliés ceux qui l’induisent en poursuivant simplement leurs objectifs égoïstes.

 

A défaut d’une conspiration, peut-il y avoir des conspirateurs ? Cela me paraît évident. Tout groupe tant soit peu puissant et qui a envie de se sécuriser, de prospérer, grossir et perdurer ne peut que chercher à accroître son influence sur le monde. Et on connaît bien les méthodes utilisées qui vont du lobbying des législateurs à la corruption des politiques en passant par la désinformation, la diffusion idéologique et la coercition financière. Vous vous souvenez comment, il y a quelques années, l’Etat a essayé de nous fourguer des vaccins inutiles, voire dangereux, malgré les lanceurs d’alerte et le déficit de la Sécurité sociale ? Vous avez vu l’adoption de législations liberticides en ce qui concerne les semences afin de favoriser les produits de l’industrie ? Cette aspiration à devenir de plus en plus gros, à dominer des marchés de plus en plus larges, peut-elle conduire une organisation à vouloir rien de moins que la domination planétaire ? Pourquoi pas - à tout le moins dans son domaine. Je me souviens d’une multinationale qui, dans les années 90, avait pour « mission statement » que chaque enfant du monde puisse prendre un vrai petit-déjeuner avant de partir à l’école. Sous-entendu: un petit-déjeuner qui contienne tous les éléments nécessaires à sa croissance, tels que ceux-ci ont été scientifiquement établis. On était tenté d’applaudir devant une telle ambition qui semble plus humanitaire qu’économique. Mais, bien sûr, ce petit-déjeuner, dans la pensée des dirigeants de cette société, ne pouvait que provenir de ses usines: n’avaient-ils pas, bien au delà des familles et des traditions locales, la légitimité de la connaissance scientifique et des moyens techniques ? Alors, s’agit-il là d’une tentative de domination du monde ? Cela dépend de la représentation que l’on se fait de la domination. J’en connais qui parleraient d’un totalitarisme larvé et ils auraient sans doute raison. Monopoliser l’offre des petits déjeuners, c’est d’abord uniformiser les régimes alimentaires et tuer les identités qui s’expriment à travers la nourriture. En second lieu, c’est offrir le choix d’une gamme de produits qui dissimule l’absence d’un autre choix: celui du fournisseur. Enfin, par le jeu du découplage géographique de la production et de la consommation, c’est appauvrir le lieu de vie et la société des consommateurs. 

 

Maintenant, multipliez cette ambition par le nombre de grandes entreprises qui prétendent nous nourrir, nous soigner, nous transporter, nous instruire, nous distraire, etc. On ne pourra pas parler d’une conspiration mondiale car elles sont en concurrence pour capter nos capacités de dépense. Pour autant, pièce par pièce, morceau par morceau, et à coup de cette « fabrique du consentement » que dénonce inlassablement Noam Chomsky et qu’elles pratiquent toutes, ne nous retrouverons-nous pas dans une situation de dominés ? En outre, des chercheurs suisses, étudiant les relations capitalistiques entre les entreprises, ont fait apparaître qu’une dizaine de groupes seulement règne sur les marchés la planète. Alors, avons-nous besoin d’une conspiration plus ou moins sulfureuse pour expliquer l’état actuel du monde ? Rajoutez un secteur: celui de la finance. Celui-là avait été moins visible jusqu’à ces dernières années, mais combien d’institutions, de pays, d’entreprises, de politiques de tout poil les créanciers du monde tiennent-ils désormais par les bourses ? 

 

Ceci pourrait clore le débat. Mais, si l’on veut avoir une vision plus claire des courants de pouvoir qui sillonnent la planète, il convient de dépasser la notion de groupes d’intérêts. La prospective, selon moi, est souvent trop serve de la réflexion sur les mécanismes économiques et, à l’inverse, s’attache trop peu aux croyances et aux Weltanschauung des dirigeants. On peut se demander, au delà des liens capitalistiques ou des intérêts matériels objectifs, quelle vision de ce que devrait être une bonne organisation de la planète se font ceux qui ont peu ou prou les moyens de l’induire. On peut s’interroger sur les courants de pensée qui irriguent leurs cerveaux.

 

(à suivre)

23/01/2011

Trahis et abandonnés: le salut ?

 

L’entreprise nous a trahis et l’Etat nous abandonne.

L’entreprise nous a trahis. J’ai eu le premier soupçon que la logique boursière dévoyait l’entreprise lorsque, dans les premiers jours de 1988, préparant une série de conférences sur le krach de 87, j’eus la confirmation que jamais les entreprises françaises ne s’étaient aussi bien portées qu’en cette année qui était pourtant à marquer d’une pierre noire. Puis, au début des années 90, il y eut la démonstration du génial Claude Riveline : il y avait une constante entre l’annonce par une entreprise de licenciements massifs et l’augmentation de sa valeur en bourse. A peu près au même moment, si ma mémoire est bonne, une thèse démontrait que les fusions, prônées au nom de la compétitivité, n’avaient en fait de bénéfices que pour l’égo et le portefeuille des dirigeants qui l’emportaient. Ensuite, nous avons eu les « années mondialisation » et le chant des sirènes néolibérales qui a endormi notre vigilance. On détruisait de l’emploi chez nous, mais en en créant ailleurs, on propageait à la Terre entière la version du progrès mise au point par l’Occident. Il suffirait que nous gardions un pas d’avance pour recréer de l’emploi tout en voyant s’accroître sans cesse notre « pouvoir d’achat ». Pour faciliter cette mécanique des fluides matériels, financiers et humains, il fallait déréguler, et on dérégula vaillamment. On délocalisa de plus en plus. On produisit où c’était le moins cher, multipliant les maquiladoras et les sweatshops pour alimenter nos marchés au moindre coût. On produisit où c’était le moins règlementé, de façon à économiser sur la sécurité des gens et de l’environnement. C’est ainsi qu’on a eu Bhopal - et bien d’autres sinistres dont on a moins parlé, voire pas du tout. Les plus-values boursières devinrent la préoccupation unique des dirigeants, qui d’ailleurs y abreuvaient une soif de richesse dont les limites reculaient sans cesse. La rémunération des CEO a crû ainsi sans commune mesure avec celle du salarié moyen. Plus grave, vendre n’importe quoi et s’enrichir de n’importe quoi a pris le dessus sur toute autre considération. Les scandales de ces derniers mois dans le secteur de la santé nous ont permis de voir enfin la pointe de l’iceberg et le cynisme qui guide le système.  Mais on aurait pu s’en rendre compte plus tôt. On pouvait déjà savoir - un exemple parmi d'autres - qu’en Afrique, la vente de lait maternisé à des mères à qui on expliquait que celui de leurs seins était moins bon, avait accru les maladies et la mortalité des nourrissons: dans les villages, il n'y avait tout simplement pas d'eau saine pour faire les biberons. Mais, me direz-vous, cela avait le mérite de générer une nouvelle demande : celle de médicaments dont l'achat serait soutenu par des subventions...

L’Etat nous a abandonnés. On a dérégulé vaillamment, disais-je. Dans certains pays d’Amérique latine les Chicago boys de Milton Friedman n’ont pas hésité à répandre le drame et la misère, véritables inquisiteurs modernes qui, au nom de Dieu, pourchassent l’hérésie par les emprisonnements, les tortures et les exécutions. Chez nous, cela s’est passé en douceur, car nous sommes des intellectuels et la conquête s’est faite par l’esprit. D’autant que le système, avant qu’il se dévoie, nous avait d’abord procuré les fruits des Trente glorieuses. Nous n’avons pas perçu le virage, car nous aimons la beauté des Idées. Aveuglés par leur pureté cristalline, nous n’avons pas vu – par exemple - que le développement du crédit à la consommation était une manière de masquer le retard que prenait les revenus du travail sur celui du capital, tout en permettant à la machine – qui a besoin de la consommation - de continuer à tourner, et aux banques de trouver une nouvelle source de revenus . Nous n’avons pas vu que l’extension à toute activité des principes de la privatisation et de la concurrence fragilisait notre société, à l’image de ce qu’elle avait fait pour les chemins de fer britanniques.  Nous n’avons pas vu que l’abandon par l’Etat de sa responsabilité fondamentale au profit du « tout se règle par le marché » était un déni de la communauté nationale et de la notion même d’Etat. Nous n’avons pas vu que cet abandon transformait le rôle de nos hommes politiques qui, de ce fait même, devenaient non plus les garants de l’intérêt général et les gestionnaires des ressources collectives, mais les vassaux et les courtisans de nouveaux maîtres.

Lorsque, aux Etats-Unis, l’abus du crédit à la consommation a engendré le tsunami des subprimes, les Etats, déjà endettés pour ne pas dire surendettés, ont mis la main au portefeuille pour secourir les banques. Avec les résultats que l’on voit aujourd’hui en Espagne, en Grèce, en Irlande, en Grande-Bretagne, etc. : le noyé est en train d’étrangler son sauveteur. Alors, pour desserrer l’étreinte, pour retrouver les faveurs de nos créanciers et éviter la discipline des agences de notation, on met les citoyens à la diète.

L’entreprise nous a trahis et l’Etat nous abandonne : il ne nous restera plus bientôt qu’à nous organiser pour nous passer d’eux. D’ailleurs, pourquoi ne pas commencer tout de suite ?

26/10/2009

Zone vraiment interdite (2)

Jean-Claude Crèvecoeur (Québec) qui a le tort d'avoir des opinions tranchées sur le sujet du virus H1N1 adresse à sa mailing-list le message ci-dessous qu'on peut rapprocher du passage à la trappe récent d'un reportage que devait diffuser M6 dimanche soir. La liberté d'expression est évidemment le sable dans les rouages bien huilés du néo-libéralisme...  Quand nous voyons dans l'Internet un espace de liberté inaliénable, c'est oublier que nous dépendons des propriétaires des plateformes, des serveurs et des réseaux physiques ou hertziens. Je vous laisse lire.

Madame, Monsieur,
Chers amis,

J’ai passé douze heures à rédiger mon dernier courriel.
Je l’ai envoyé samedi soir (24/10/09) pour constater, dimanche matin, qu’aucun des 7.200 courriels envoyés depuis ma boîte à courriels ne vous était parvenu. Seuls, ceux envoyés (5.334 adresses) depuis le serveur de mon site Internet sont arrivés.

Après enquête auprès de mon fournisseur d’accès, il est apparu que mon texte a fait l’objet d’une censure totale de la part de leur serveur (la belle excuse, c’est le serveur qui a analysé mon texte et qui l’a trouvé antidémocratique, peut-être ?). À l’heure où l’état d’urgence sanitaire vient d’être proclamé par le président américain, cette censure radicale dont je fais l’objet n’est pas de bonne augure. Les responsables politiques de la Santé deviennent très nerveux face au refus grandissant de la population.

Bientôt, je serai, comme d’autres, réduit au silence.

Je vous invite ardemment à aller sur mon site Internet, dans la section articles, puis de lire mon courriel numéro 7 (et de relire les autres, et de les transmettre). http://jean-jacques-crevecoeur.com/index.php?option=com_c...
Dans la même section articles, vous pouvez lire mon dernier coup de gueule, la lettre que j’ai envoyée personnellement aux journalistes québécois : http://jean-jacques-crevecoeur.com/index.php?option=com_c...
C’est pour l’instant, la seule façon d’en prendre connaissance.
Vous pouvez aussi le copier ou le télécharger en format pdf (cliquez sur la petite icône pdf en haut de l’article), vous pouvez le coller sur vos blogues, sur vos sites Internet et l’envoyer à votre carnet d’adresses.
Il est probable que mon site Internet sera attaqué et détruit dans les prochains jours.

En attendant, des innocents commencent à mourir des suites de la vaccination. Mais Jean de la Fontaine ne disait-il pas que la raison du plus fort est toujours la meilleure ?

À mon avis, comme on dit au Casino : les jeux sont faits. Rien ne va plus.
Et à la grâce de Dieu.

Restons debout, éveillés et conscients.


Jean-Jacques Crèvecoeur
Montréal (Québec – Canada)

Courriel : promethee@videotron.qc.ca
Site Internet : http://www.jean-jacques-crevecoeur.com/